‹ Théatre de GoetheChapitre 46 sur 382 · SCÈNE VI IPHIGÉNIE, THOAS, ORESTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI IPHIGÉNIE, THOAS, ORESTE

IPHIGÉNIE

Avant que je parle, délivrez mon âme du souci qui l'agite. Je redoute une fatale querelle si lu n'écoules pas, ô roi ! la douce voix de l'équité, et si toi, mon frère, tu ne veux commander à l'impétuosité de la jeunesse.

THOAS

Je retiens ma colère, comme il sied au plus âgé. Répondsmoi, comment prouveras-tu que tu es lils d'Agameranon ei frère de la prètrasse?

ORESTE

Voici l'épée dont il frappa les braves défenseurs de Troie. Je l'ai enlevée à son assassin, et j'ai prié les dieux de me donner le courage, le bras et la valeur du grand roi, avec une mort plus belle que la sienne. Fais un choix parmi Icschcf-de ton armée et oppose-moi le plus vaillant. Pailout où I:; Ime

58 IPIIlCiEME EIN" TAURIDE.

noiiirit des fils de héros, cette demande est accordée à tout

étrai:ger.

THOAS

Ici, r.incien usage n'a jamais donné à l'étranger cette prérogative.

ORESTE

Eli bien, toi et moi nous l'onderons cet usage nouveau! Un peuple >uit l'eNempIe de ses chefs, et donne force de loi à leurs nobles actions. Souffre aussi que je ne défende pas notre seule liberté; laisse-moi, étranger, combattre pour tous les étrangers. Si je succombe, alors leur airêt est prononcé avec le mien; mais, si j'ai le bonheiu' de triompher, que nul n'aborde plus ce rivage sans rencontrer l'œil empressée d'une amitié secourable, et que chacun s'éloigne consolé !

THOAS

Tu ne me parais pas indigne, jeune homme, des aïeux dont tu te fais gloire de descen Ire. [1 est grand, le nombre des braves et vaillants guerriers qui m'environnent; cependant, à mon âge, je résiste encore moi-même à l'ennemi; je suis prêt à courir avec toi la chance des armes.

IPHIGÉNIE

Non, non, il n'est pas besoin de cette sanglante preuve, ô roi! Que vos mains ne s'arment point du glaive' pensez à moi et à mon sort Les funestes combats immortalisent un homm3, je le sais; lors même qu'il tombe, tous les chnnts célèbrent sa iiloire. Mais les pleiu's intarissables de ceux qui lui survivent, d'une femme délaissée, la poslérité ne le» compte point, et le poète ne dit rien des jours et des niiiti de larmes, durant lesquels une âme sensible s'épuise et s« consume vainement à rappeler l'ami qu'elle a perdu, que la mort lui a subitement enlevé Moi même aussi une craiuta secrète m'a tenue en parde contre l'imposture d'un brigand, qui aurait pu m'arrarber de cet asile sûr, me trahir et me réduire en esclavage Mais je les ai soigneusement interrogés; je me suis iulormée de chaciue circonstance, j'ai exigé des

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