‹ Théatre de GoetheChapitre 5 sur 382 · SCÈNE III IPHIGÉ.NIE, THOAS · texte numérisé non relu

SCÈNE III IPHIGÉ.NIE, THOAS

IPHIGÉiNIE.

Que la déesse te comble de biens dignes d'un roi ' Qu'elle t'assure la victoire, la gloire, la richesse, le bonheur des tiens; qu'elle exauce chacun de tes sages désirs, et que celui qui veille au sort de tant d'hommes jouisse aussi, plus que tout autre, d'un rare bonheur!

THOAS

11 me sulfit que mon peuple applaudisse à mes ex[)loits; quant au prix de la victoire, d'autres en jouissent plus que

8 ipiiigi:nie en tauride

moi. Lî? plus heureux dw hommes, roi ou sujet, est celui qui trouve le ! onheur daus sa maison. Tu as pris lurt à mon profond chagrin, lorsque l'épée des ennemis m'arracha le dernier et le meilleur de mes fils. Tant que la vengeance posséda mon âme, je ne sentis pas la soliludc de ma de meure; cepen lant, aujourd'luii que je reviens satisfait, mes ennemis détruits et mon fds vengé, il ne me reste rien dans ma maison qui me réjouisse. L'obéissance joyeuse que je voyais autrefois luire dans tous les regards est éteinte par le silence, l'inquiétude et le chagrin. Chacun pense à l'avenir, et obéit à un roi sans postérité, parce qu'il le faut, Aujonrd'bui je viens dans ce temple oij je suis eniré si souvent pour demander à la déesse la victoire et pour l'en remercier. Je porte depuis longtemps dans mon sein lui désir auquel tu n'es pas étrangère, mais que tu ne prévois sans doute pas : j'espère, pour le bonlie;ir de mou peuple et le mien, te faire entrer comme fiancée da.. s ma demeure.

IPHIGÉJSIE.

C'est trop offrir à une inconnue, ô roi! la fugitive est là, confuse devant toi; elle ne cherche sur ce rivage que la protection et la paix, et tu les lui a données.

THOAS

Ce soin que tu mets à t'envelopper du mystère de ta naissance à mes yeux comme à ceux du dernier des hommes ne serait juste ni louable chez aucim peuple. Ce rivage est terrible pour les étrangers, il est vrai; la loi et la nécessité l'exigeni. Mais j'espérais que toi, qui jouis en ce pays des droits auxquels la vertu peut prétendre, tu m'accorderais la confiance due à mes soins et à ma tendresse, comme un hôte témoigne sa joie reconnaissante du bon accueil qu'il a reçu.

IPHIGÉNIE

Si j'ai caché jusqu'ici ma race et le nom de mes parents, ô roi! c'était embarras plutôt que méfiance; car, si tu connaissais la créature qui est devant toi, si tu savais quelle tête maudite tu noiuris et tu protèges, peut-être un effroi terrible renipHrail ton grand cœur d'un morti 1 frisson; au lieu de m'offrir une place à côté de loi sur un trône, tu me chas-

Page 1