ACTE I
BUYCK.
Jetter, soyons de moitié dans le gain; je vous achète le coup et je régale ces messieurs. Il y a déjà longtemps que je demeure ici, et je suis en reste avec eux pour bien des honnêtetés. — Si je manque, c'est comme si vous aviez tiré.
SŒST.
J'aurais bien quelques petites choses à objecter à cela; car, de lait, j'y |>erds. . . mais je ne dis rien. Voyons, Buyck.
BOYCK tire.
Eli ! marqueur, attention ! — Un! deux! trois! quatre 1
SŒST.
Quatre anneaux ! Soit !
TOUS
Vive le roi! vivat ! mille ibis vivat I
BUYCR.
Grand merci, messieurs. Maître, ce serait trop! grand merci de l'honneur.
JETTER
C'est vous seul que vous devez remercier.
RDYSCM.
Que je vous dise !
SŒST.
Comment ça va-t-il, mon vieux?
RUYSrM.
Que je vous dise! — Il tire comme son maître; il tire comme Egraont.
BDÏCK.
Oh! près de lui je ne suis qu'un pauvre maladroit. A l'arbalète, il tire mieux que personne au monde : et je ne dis pas seulement quand il est en veine; non ! pour peu qu'il vise, il est sur de mettre dans le noir. Il m'a donné des leçons, et il faudrait être un grand imbécile pour ne rien apprendre en suivant ses ordres. — Mais pour ne rien oublier, messieurs, un roi nourrit ses gens; ainsi donc, au compte du roi, qu'on apporte du vin !
JETTER
H est d'usage chez nous que chacun...
64 EGMONT
BUYCK.
Je suis étranger et roi : je me moque de vos usages.
JETTER
Tu es pire que l'Espagnol; il a liien été obligé, au moins jusqu'ici, de nous en laisser la jouissance, lui.
RUISCM.
Quoi?
SŒST, élevant la vois.
I) veut nous régaler : il ne veut pas entendre que chacun de nous paye son écot. et que le roi paye seulement le double.
P.UYSIIM.
Laisse-le faire!..; sans préjudice pour l'avenir! c'est la manière de son maître : faire les choses grandement, et laisser aller le monde comme il va.
Us boivent.
TODS.
A la santé de Sa Majesté ! Vivat !
JETTER, à Buyck.
A la vôtre, s'entend.
BUYCK.
Je vous remercie bien, si c'est comme vous le dites.
SŒST.
Oui, oui ! car, pour la santé de Sa Majesté espagnole, un citoyen des Pays-Bas ne la boit pas de bon cœur.
RLYSIIM.
Om?
SŒST, élevant la voix.
De Philippe 11, roi d'Espagne.
RUYSDM.
Notre gracieux seigneur et roi? que Dieu lui prête uq4 longue vie.
SŒST.
N'aimez- vous pas mieux le roi Charles-Quint, son père?
RUYSDM.
Que Dieu lui donne sa sainte paix! C'était là un prince! 11 avait la main sur tout le globe et savait être tout à tous;