ACTE I
et quand il vous lenconlrait, c'est qu'il vous saluait comme on salue son voisin; et quand la frayeur vous prenait, il savait là... par de siboiuies manières... vous m'entendez. — Et puis il sortait, il motitail à cheval, comme ça lui venait en tète, quasi sans suite. Nous avons tous pleuré quand il a cédé ici le gouvernement à son fils... je veux dire, vous m'entendez... que celui-ci est tout autre, qu'il est plus majestueux.
JETTER
Lors de son séjour ici, jamais il ne s'est montré qu'en grand apparat et en costume royal. Il parle peu, dit-on.
Ce n'est pas un roi comme il en faut aux Pays-Bas. Nos princes doivent être francs et gaillards comme nous, vivre et laisser vivre. Nous ne voulons être méprisés ni opprimés, tous bons diables que nous sommes.
JETTER
Je pense que le roi serait un bon maître s'il était mieux conseUlé.
SŒST.
Non, non! il n'a aucune inclination pour les Pays-Bas, son cœur ne sympathise point avec le nôtre, il ne nous aime pas; comment pourrions-nous l'aimer? Pourquoi Egmont plaît-il tant à tout le monde ? pourquoi le porterions-nous tous en triomphe? C'est qu'à son air on voit qu'il nous veut du bien; c'est que la gaieté, la francbise, la bonté, lui sortent par les yeux; c'est qu'il n'a rien qu'il ne partage avec le malheureux, et même avec celui qui n'a pas besoin. Vive le comte d'Egraont! Buyck, à vous à porter la première santé! Burea à votre maître.
BUYCR.
De toute mon àme. Au comte d'Egmont i
RUYSUil.
Au vainqueur de Saint-Quenlin!
BUYC&,
Au héros de Gravelines !
TOUS
Vivat!
60 EGMONT
Sainl-Qiienfiti fut ma dernière bataille. J'avais bien de la piMîic à me porter et à traîner ma lourde carabine. J'ai pourtant brûlé là encore plus d'une amorce sur la peau des Fran çais, et j'en suis revenu avec une éraillure de plus à la jambe droile, pour mou congé.
BDYCK.
Gravelines, mes amis ! c'est là qu'il faisait bon ! A nous seuls la victoire. Ces oliiens de Welches ne couraient-ils pas la Flandre, brûlant et grillant tout sur leur passage? Mais nous les avons frottés comme il faut, je m'en vante ! Leurs vieilles moustacbes ont tenu longtemps; et ce n'est qu'à force de pousser, de tirer, de presser, que nous sommes parvenus à leiH" faire faire la grimace et à rompre leurs lignes. Egmont eut son cheval tué sous lui, et la mêlée fut longue : homme contre bouune, cheval contre cheval, peloton contre pelolon, sur la grande plaine de sable au bord de la mer. Mais, pendant qu'on se battait, arrivent tout d'un coup, comme du ciel, pif! paf! des boulets dans les rangs des Français. Celait la Hotte anglaise, commandée par l'amiral Malin, (|ui, vcua'it de Dnnkerqne, s'était placée à l'embouchure du fleuve. Il est vrai de dire qu'ils ne nous aidèrent pas à grand'cliose, ne pouvant faire avancer que les plus petits bâtiments, et encore pas assez près; et puis ils (iraient bien un peu suf nous... Ça fit pourtant bien! Cela démoralisa les Wv^lche et redoubla notre courage. Il ildlnt voir alors! Cric! crac! droite, à gauche! main basse sur tous les enueuiis, à l'eau tous! et ils n'eu eurent pas plutôt talé qu'ils étouffèrent. Nous autres Hollamlais, nous nous y jetons après eux; nous qui sommes des amphibies, nous étions là à l'aise comme des grenouilles, et nous nous en donnions de les sabrer et de les canarder! — Le peu qui nous échappa fut tué dans la fuite,par les paysannes, à coups de fourches et de râteaux. Sa Ma» jesté welche fut obligée de tendre bien vite la patte et de Ijùig la paix. Et c'est à nous que vous devez la paix, vous la devâi au grand Eginont.