‹ Théatre de GoetheChapitre 7 sur 382 · ÏPIIIGÈNIE EN TAU RI DE · texte numérisé non relu

ÏPIIIGÈNIE EN TAU RI DE

faisaient que les dieux eux-mêmes se plaisaient à ses entreliens, comme aux sentences des oracle^?

irHKiÉJNIE.

C'est Un-même : mais les dieux ne devraient pas agir avec les hommes comme avec leurs semblables. La lace immaine est beaucoiip trop faible pour n'être pas prise <.h- vcitige à lue hauteur inaccoutumée. Tantale n'était ni perlide ni traître; mais il était trop grand pour être l'esclave du maître du toinierre; et, pour en être le coiïipagnon, il n'était qu'un homme. Aussi sa faute fut-elle tout humaine. La justice des dieux l'ut ligoureuse, et les poètes ont dit : « Sa jiréMjmption et sa perfidie l'ont précipité de la table de ,lu[iiter dans les abîmes du noir Tarlare. » Hélas! et toute sa race l'ut aussi chargée du poids de leur haine.

TIIOAS.

N'est-elle coupable que des lautes de son aieul, ou bien des siennes [iropres?

IPHir.ÉNIE.

Les enfants et les neveux de Tantale avaient reçu en héritage le cœur intrépide et la mâle vigueur des Titans, mais Jupiter ceignit leur front d'un bandeau d'airain. Il cacha à leurs sombres regards les bons conseils, la modération, la sagesse et la patience. Chacun de leurs désirs devint une li'énésie, et cette frénésie fut sans bornes. Le premier de tous, Pélops, fils bien-aimé de Tantale, Pélops à la volonté de fer, s'empara par la ttahison et le meurtre de la plus belle des femmes, llippodamie, la fdle d'Œnomaus. Elle donne aux vœu.x de son époux deux enfants, Thyeste et Ati ée. Ceux-ci voient d'un œil jaloux l'amour de leyr père pour son premier fds d'un autre lit; leurs haines s'associent et ils consomment leiu' premier crime sur la personne de ce frère. Le père soupçonne llippodamie d'être la meurtrière, et lui redemande son fils avec fureur... La malheureuse s'arrache la vie...

THOAS

Tu te tais? Continue ; ne te repens point de la confiance : parle.

Heur 'MX celui qui aime à se souvenir de ses aïeux, qui iiiirle ace plaisir de leurs actions, de leur graudeiu-, et qui, Iraiiqudle et coulent, se voit placé lui-même i\ la li^i de celte glorieM>e succession ! car ce n'est pas -ubilcuieiit qu'ui e race produit MU demi-dieu ou un monstre; il laut uuesiiile d'homme-de bien ou de méchants, pour qu'elle enfante le malheur et la rélici:é du monde. — Après la mort de leur j)ère, Ahée et Thyc^le régnèrent ensemble sur M\ cènes; mais l'harmonie ne pi t durer longtemps entre eux. Bientôt Thycsie déshonore la couche de son frère; Alrée, pour se vcnizer, le chasse de son royaume. Déjà Thyesie avait dans une intjulion criminelle dérobé à son frère un fils qu'il avait élevé en secret et avec nue apparence de tendre-se, comme s'il lùt été le sien. C'e;-t alors qu'il remplit de rage et de vengeance le cœur de ce jeune homme, et l'envoie à la cour d'Atiée |!Our qu'il ass:issiue son pèie en croyant fra|)per son uucle. Le projet est déc'ouvert, et le roi punit cruellement l'émissaire assassin, pensant tuer le fds de son frère. Il apprend trop tard <;uelle vit tinie a succombé devant ses yeux trom[iés, et, pour s.,li>faire 'e besoin de la vengeance, il médite un crime inouï. 11 feint d'être apaisé, réconcilié; il attire de nouveau son frère Thye.-.le avec ses deux fds dans son royaume, saisit les enfants, les égorge, et au premier festin il sert à leur père ce mets épouvantable. Puis, lorsque Thyeste s'est rassasié de son propre sang, qu'un pressentiment l'agite, il demande ses enfants et croit eutendie à lu porte de la salle les pas, la voix. de sei fils; Atrée, avec un rire infernal, lui jette la têle et les pieds des victimes. Tu détournes le visage, ô roi! ainsi le soleil détourna le sien, et fit quitter à son char son éternelle route. — Tel> sont les aïeux de ta prêtresse 1 La nuit couvre encore de ses sombres ailes bien des malheurs, ime foule d'action-, fruits de cet esprit de vertige, et ne nous laLse qu'une sinistre obscurité.

THOAS

Que ton silence le» cache aussi. C'est assez d'horreur. Dis-

12 IPHIGÉNIE EN TAUIilDE

moi maintenant par quel miracle tu es sortie de celle race farouclie.

IPHIGÉNIE

Le fils aîné d'Atrée était Agamemnon; c'est mon père. Je puis dire avoir vu en lui depuis ma première enfance le mo dèle d'un homme accompli. Je fus le premier fruit de son union avec Clytcnuieslre; Electre naquit ensuite. Le roi régnait paisiblement, et le repos semblait assuré à la maison de Tant.ile, qui en ;ivait été si loM;îlemps privée. M;iis il manquait encore au bonheur de mes parents un fils, tt à [leine ce vœu av;iit-il été remi»li, à peine Oieste, le bien-aimé, avait-il pris p'ace entre ses deux soeurs, que de nouveaux malheurs se prépaièrent à frapper cette maison tranqnille. — Le brnit de la guerre que les forces réunies des princes de la Grèce portèrent autonr des murs de Troie pour venger reuTevement de la plus belle des lémmes est venu jusqu'à loi. Oni-ils pris la ville, ont il> alteint le bul de leur vengeance, je l'ignore. Mon père conduisait l'année des Grecs. Us s'arrêtèrent en Auliile, attendant vainement un vent favorable; car Diane, irritée contre leur chef, retint leur impatience, et demanda par Calchas l'jiîiiée des filles du roi. Ils m'attirèrent avec ma mère dans le canqt, me tiahièient devant l'anlel et vouèrent ma tète à la déesse. Mais elle était apaisée; elle ne voulait pas mon sang, et me sauva en m enveloppant dans un nuage. C'est dans ce temple que je repris l'usage de mes sens. Oui, celle qui te parle est Iphigénie, la petite-fdie d'Allée, la fille d'Aganiemnon, qui maintenint appartient à la déesse.

THOAS

Je ne donne à la fille des rois ni plus de préférence ni plu» de confiance qu'à lincoiinue. Je répète ma première offre: Suis-moi, viens })art;iger mon sort.

IPHIi.ÉNIE.

Comment l'oserais-je, ô roi? La déesse qm m'a sauvéft n'a-t-olle pas seule droit sur ma vie, qui lui est consacrée? Elle m'a choisi cet asile, et elle me rés-rve peut-être afin que je sois 1 1 plus belle joie de la vieillesse d un père qu'elle a puni assez par 1 apparence de ma mort l^eut-être

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