‹ Théatre de GoetheChapitre 79 sur 382 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

EGMOiNT.

Il me faut cet argent. C'est à lui de songer aux moyens de le rassembler.

RICHARD

îl dit ([u'il fera son pos-ible, et qu'à cet eflet il va enfin procéder juridiciuemenl contre ce Raymond, qui vous doit depuis si longtemps, et le faire arrêter.

EGMONT

Mais il a promis de payer.

RICHARD

La dernière fois il a demandé un répit de quinze jours.

EGMO-NT.

Eli bien, il n'a qu'à lui accorder encore quinze j.ours; après cela il peut le poursuivre.

RICHARD

Vous faites bien : ce il'est pas impuissance, c'est mauvaise volonté. Il prendra la chose au sérieux quand il verra que vous ne baiiinez pas. — L'intendant ajoute qu'il va retenir à de vieux soldats, à des veuves et à d'autres individus auxquels vous faites des pensions, un demi-mois de ce qui leur est dû, afin de se donner du temps; qu'ils n'auront qu'à se pourvoir ailleurs.

EGMONT

Qu'est-ce à dire? ces gens ont plus besoin d'argent que moi. Qu'il ne touche pas à cela!

RICHARD

Où ordonnez-vous donc qu'il prenne l'argent?

EGMUNT.

Qu'il s'arrange ! on le lui a déjà dit dans la lettre précédente.

niCHAID.

C'est aussi pour cela qu'il vous propose ces moyens.

EGMONT

Qui ne valent rien. Qii'il en cherche d'autres; qu'il fasse des pi opo.-itions acceptables, et, avant tout, qu'il me trouve

)'.:;r.joi;(.

100 EGWONT.

RICHARD

J'ai rapporté ici la letlre du comte Cliva. Pardonnez si je ^Diisen fais souvenir : ce vieux seigneur mérite avant tout une vt'poiise détiiillée. Votre intention était de lui écrire vous-i même. En vérité, il vous aime comme un père.

EGMONT

Je n'en ai pas le temps. De tout ce que je déteste au monde^ écrire est ce que je déleste le plus. Tu contrefais si bien ma m:iiii! écris en mon nom. J'attends Orange; je n'ai pas le temps d'écrire moi-même. Mais je voudrais qu'on calmât complètement ses appréhensions.

RICHARD

Dites-moi à peu près votre idée : je rédigerai la réponse et je vous la'soumettrai. Ce sera écrit de manière à pouvoii passer en justice comme venant de votre main.

EGMONT

Donne-moi la lettre. (Après y avoir jeté les yeux.) Honuête, exccilerit vieillard! as-tu été dans ta jeunesse aussi réfléchi qu'aujourd'hui? n'as-tu jamais escaladé nn bastion? Dans la mêlée, te plaçais-tu où le veut la prudence, derrière les autres? Touchante sollicitude! Il veut ma vie et mon bonheur, et ne sent pas que c'est être déjà mort que de vivre pour sa sûreté. - Écris-lui qu'il peut être trampiille; que j'agis comme je dois agir; que je m'observerai; ([u'il continue d'employer en ma fliveur son crédit à la cour, et soit persuadé de mon entière reconnaissance.

RICHARD

Voilà tout? Oh ! il s'attend à plus que cela!

EGMONT

Qu'ai-je à dire de plus? Si tu veux le rendre en plus de mots, il ne tient qu'à toi. Ses lettres ne roulent jamais que sur ceci : qu'il faut que je vive comme il m'est impossible de vivre. Être gai, prendre les choses légèrernent.vivre sans souci, voilà mon bouheur, et je ne l'échangerais pas contre la sécurité du tombeau. Je n'ai pas dans les veines une seule goutte de sang espagnol, et ne me sens nulle envie de régler mon pas sur II cadence grave de la cour. E-t-ce que je ne vis que pour

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