‹ Théàtre de Jean RacineChapitre 203 sur 211 · ACTE V, SCENE I 3o · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I 3o

D'abord, vous le sçavez, un bruit injurieux Le rangeoit du party d'un camp séditieux; Maintenant on vous dit que ces mesmes rebelles Ont tourné contre luy leurs armes criminelles. Jugez de l'un par l'autre, et daignez écouter...

Monime.

Xipharés ne vit plus, il n'en faut point douter. L'événement n'a point démenty mon attente.

Quand je n'en aurois pas la nouvelle sanglante, Il est mort, et j'en ay pour garants trop certains Son courage et son nom, trop suspects aux Romains. Ah ! que d'un si beau sang dés long-temps altérée, Rome tient maintenant sa victoire assurée !

Quel ennemy son bras leur alloit opposer !

Mais sur qui, malheureuse, oses-tu t'excuser? Quoy ! tu ne veux pas voir que c'est toi qui l'opprimes, Et dans tous ses malheurs reconnoistre tes crimes? De combien d'assassins l'avois-je enveloppé?

Comment à tant de coups seroit-il échappé ?

Il évitoit en vain les Romains et son frère : Ne le livrois-je pas aux fureurs de son père? C'est moy qui, les rendant l'un de l'autre jaloux, Vins allumer le feu qui les embraze tous, Tison de la discorde et fatale Furie, Que le démon de Rome a formée et nourrie.

Et je vis ! Et j'attens que, de leur sang baigné, Pharnace des Romains revienne accompagné !

Qu'il étale à mes yeux sa parricide joye !

La mort au desespoir ouvre plus d'une voye.

Oui, cruelles, en vain vos injustes secours Me ferment du tombeau les chemins les plus courts. Je trouveray la mort jusques dans vos bras même.

3o 4 MITHRIDATE

Et toy, fatal tissu, malheureux diadème, Instrument et témoin de toutes mes douleurs, Bandeau que mille fois j'ay trempé de mes pleurs, Au moins, en terminant ma vie et mon supplice, Ne pouvois-tu me rendre un funeste service?

A mes tristes regards, va, cesse de t'offrir. D'autres armes sans toy sçauront me secourir; Et périsse le jour, et la main meurtrière Qui jadis sur mon front t'attacha la première.

Phœdime.

On vient, Madame, on vient, et j'espère qu'Arcas^ Pour bannir vos frayeurs porte vers vous ses pas.

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