‹ Théàtre de Jean RacineChapitre 208 sur 211 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

MONIME

Juste Ciel !

Arbate.

Xipharés, toujours resté fidelle, Et qu'au fort du combat une troupe rebelle Par ordre de son frère avoit enveloppé, Mais qui, d'entre leurs bras à la fin échappé, Forçant les plus mutins et regagnant le reste, Heureux et plein de joye en ce moment funeste, A travers mille morts, ardent, victorieux, S'estoit fait vers son père un chemin glorieux. Jugez de quelle horreur cette joye est suivie. Son bras aux pieds du roy l'alloit jetter sans vie. Mais on court, on s'oppose à son emportement. Le roy m'a regardé dans ce triste moment, Et m'a dit d'une voix qu'il poussoit avec peine « S'il en est temps encor, cours, et sauve la reine. » Ces mots m'ont fait trembler pour vous, pour Xipharés, J'ay craint, j'ay soupçonné quelques ordres secrets. Tout lassé que j'estois, ma frayeur et mon zèle M'ont donné pour courir une force nouvelle; Et, malgré nos malheurs, je me tiens trop heureux D'avoir paré le coup qui vous perdoit tous deux.

Monime.

Ah! que, de tant d'horreurs justement étonnée, Je plains de ce grand roy la triste destinée ! Helas! Et pleust aux dieux qu'à son sort inhumain Moy-mesme j'eusse pu ne point prester la main, Et que, simple témoin du malheur qui l'accable, Je le pusse pleurer sans en estre coupable !

Il vient. Quel nouveau trouble excite en mes esprits Le sang du père, ô Ciel, et les larmes du fils!

Page 1