‹ Théàtre de Jean RacineChapitre 98 sur 211 · ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

ACOMAT, OSMIN

ACOMAT

Vien, suy-moy. La sultane en ce lieu se doit rendre. Je pourray cependant te parler et t'entendre.

OSMIN

Et depuis quand, Seigneur, entre-t-on dans ces lieux, Dont l'accès estoit même interdit à nos yeux? Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.

Acomat.

Quand tu seras instruit de tout ce qui se passe,

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Mon entrée en ces lieux ne te surprendra plus. Mais laissons, cher Osmin, les discours superflus. Que ton retour tardoit à mon impatience !

Et que d'un œil content je te voy dans Bysance ! Instruis-moy des secrets que peut t'avoir appris Un voïage si long pour moy seul entrepris.

De ce qu'ont vu tes yeux parle en témoin sincère. Songe que du récit, Osmin, que tu vas faire, Dépendent les destins de l'empire ottoman.

Qu'as-tu vu dans l'armée? et que fait le sultan?

Osmin.

Babylone, Seigneur, à son prince fidelle, Voyoit sans s'étonner nostre armée autour d'elle; Les Persans rassemblez marchoient à son secours, Et du camp d'Amurat s'approchoient tous les jours. Luy-mesme, fatigué d'un long siège inutile, Sembloit vouloir laisser Babylone tranquile, Et, sans renouveller ses assauts impuissans, Résolu de combatre, attendoit les Persans.

Mais, comme vous sçavez, malgré ma diligence, Un long chemin sépare et le camp et Bysance.

Mille obstacles divers m'ont même traversé, Et je puis ignorer tout ce qui s'est passé.

Acomat.

Que faisoient cependant nos braves janissaires? Rendent-ils au sultan des hommages sincères?

Dans le secret des cœurs, Osmin, n'as-tu rien lu? Amurat j ouït-il d'un pouvoir absolu?

Osmin.

Amurat est content, si nous le voulons croire, Et sembloit se promettre une heureuse victoire. Mais en vain par ce calme il croit nous éblouir,

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