‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 101 sur 225 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

A VOS propres sujets le soin de vostre vie? Mais que sert à ce cœur que vous persécutez De voir par tout ailleurs adorer vos boutez? Pensez-vous que ma haine en soit moins violente Pour voir baiser par tout la main qui me tourmente? Tant de rois par vos soins vengez ou secourus, Tant de peuples contens, me rendent-ils Porus? Non, Seigneur, je vous hais d'autant plus qu'on vous aime D'autant plus qu'il me faut vous admirer moy-même. Que l'univers entier m'en impose la loy. Et que personne enfin ne vous hait avec moy.

J'excuse les transports d'une amitié si tendre; Mais, Madame, après tout, ils doivent me surprendre : Si la commune voix ne m'a point abusé, Porus d'aucun regard ne fut favorisé.

Entre Taxile et luy vostre cœur en balance, Tant qu'ont duré ses jours, a gardé le silence; Et, lors qu'il ne peut plus vous entendre aujourd'huy, Vous commencez, Madame, à prononcer pour luy! Pensez-vous que, sensible à cette ardeur nouvelle, Sa cendre exige encor que vous brûliez pour elle? Ne vous accablez point d'inutiles douleurs : Des soins plus importans vous appellent ailleurs. Vos larmes ont assez honoré sa mémoire. Régnez, et de ce rang soutenez mieux la gloire, Et, redonnant le calme à vos sens désolez, Rassurez vos Estats par sa chute ébranlez. Parmi tant de grands rois choisissez-leur un maistre. Plus ardent que jamais, Taxile...

AXIANE

Quoy ! le traistre ?

Alexandre.

Hé! de grâce, prenez des senlimens plus doux ! Aucune trahison ne le souille envers vous. Maistre de ses Estats, il a pu se résoudre A se mettre avec eux à couvert de la foudre. Ni serment ni devoir ne l'avoient engagé A courir dans l'abîme où Porus s'est plongé. Enfin souvenez-vous c|u' Alexandre luy-même S'intéresse au bon-heur d'un prince qui vous aime; Songez que, réunis par un si juste choix, L'Inde et l'Hydaspe entiers couleront sous vos loix; Que pour vos interests tout me sera facile Quand je les verray joints avec ceux de Taxile. Il vient. Je ne veux point contraindre ses soupirs; Je le laisse luy-méme expliquer ses désirs. Ma présence à vos yeux n'est déjà que trop rude. L'entretien des amans cherche la solitude. Je ne vous trouble point.

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