ACTE V, SCENE III iSg
Aussi-bien n'attens pas qu'un cœur comme le mien Reconnoisse un vainqueur et te demande rien. Parie, et, sans espérer que je blesse ma gloire, Voyons comme tu sçais user de la victoire.
Alexandre.
Vostre fierté, Porus, ne se peut abaisser; Jusqu'au dernier soupir vous m'osez menacer. En effet, ma victoire en doit estre allarmée. Vostre nom peut encor plus que toute une armée. Je m'en dois garantir. Parlez donc... Dites-moy, Comment prétendez-vous que je vous traite?
Porus.
En roy.
Alexandre.
Hé bien, c'est donc en roy qu'il faut que je vous traite.
Je ne laisseray point ma victoire imparfaite.
Vous l'avez souhaité, vous ne vous plaindrez pas...
Régnez toujours, Porus, je vous rends vos Etats.
Avec mon amitié recevez Axiane.
A des liens si doux tous deux je vous condamne.
Vivez, régnez tous deux, et, seuls de tant de rois,
Jusques aux bords du Gange allez donner vos lois.
{A Cleofik.)
Ce traitement, Madame, a droit de vous surprendre; Mais enfin c'est ainsi que se vange Alexandre. Je vous aime, et mon cœur, touché de vos soupirs, Voudroit par mille morts vanger vos déplaisirs; Vlais vous-mesme pourriez prendre pour une offense La mort d'un ennemi qui n'est plus en défense. Il en triompheroit, et, bravant ma rigueur,
Porus dans le tombeau descendroit en vainqueur. Souffrez que, jusqu'au bout achevant ma carrière. J'apporte à vos beaux yeux ma vertu toute entieie. Laissez régner Porus couronné par mes mains, Et commandez vous-mesme au reste des humains. Prenez les sentimens que ce roy vous inspire ; Faites dans sa naissance admirer vostre empne, Et, regardant l'éclat qui se répand sur vous, De la sœur de Taxile oubliez le couroux.
AXIANE
Ouy, Madame, régnez, et souffrez que moy-même J'admire le grand cœur d'un héros qui vous aime. Aimez, et possédez l'avantage charmant De voir toute la terre adorer vostre amant.
Porus.
Seigneur, jusqu'à ce jour, l'univers en allarmes Me forçoit d'admirer le bonheur de vos armes; Mais rien ne me forçoit, en ce commun effroy. De reconnoistre en vous plus de vertus qu'en moy. Je me rends; je vous cède une pleine victoire. Vos vertus, je l'avoue, égalent vostre gloire. Allez, Seigneur, rangez l'univers sous vos loix; II me verra moy-mesme appuyer vos exploits. Je vous suis, et je crois devoir tout entreprendre Pour luy donner un maistre aussi grand qu'Alexandre.
Cleofile.
Seigneur que vous peut dire un cœur triste, abbatur Je ne murmure point contre vostre vertr. Vous rendez à Porus la vie et la couron.ic : Je veux croire qu'ainsi vostre gloire l'ordonne; Mais ne me pressez point. En Testât où je suis, Je ne puis que me taire et pleurer mes ennuis.