‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 118 sur 225 · ACTE I, SCENE I i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I i

La fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux.

Toy qui connois Pyrrhus, que penses-tu qu'il fasse?

Dans sa cour, dans son cœur, di-moy ce qui se passe.

Mon Hermione encor le tient-elle asservi ?

Me rendra-t-il, Pylade, un bien qu'il m'a ravi?

Pylade.

Je vous abuserois si j'osois vous promettre Qu'entre vos mains, Seigneur, il voulût la remettre. Non que de sa conqueste il paroisse flaté: Pour la veuve d'Hector ses feux ont éclaté; Il l'aime. Mais enfin cette veuve inhumaine N'a payé jusqu'icy son amour que de h'aine, Et chaque jour encore on luy voit tout tenter Pour fléchir sa captive ou pour l'épouvanter. De son fils, qu'il luy cache, il menace la teste. Et fait couler des pleurs, qu'aussi-tost il arreste. Hermione elle-mesme a vu plus de cent fois Cet amant irrité revenir sous ses loix, Et, de ses vœux troublez luy rapportant l'hommage, Soupirer à ses pieds moins d'amour que de rage. Ainsi, n'attendez pas que l'on puisse aujourd'huy Vous répondre d'un cœur si peu maistre de luy. 11 peut, Seigneur, il peut, dans ce desordre extrême, Epouser ce qu'il hait et punir ce qu'il aime.

O RESTE

Mais di-moy de quel œil Hermione peut voir Son hymen ditîeré, ses charmes sans pouvoir?

Pylade.

Hermione, Seigneur, au moins en apparence, Semble de son amant dédaigner l'inconstance, Et croit que, trop heureux de fléchir sa rigueur, Il la viendra presser de reprendre son cœur.

i56 ANDROMAQUE

Mais je l'ay veuë enfin me confier ses larmes; Elle pleure en secret le mépris de ses charmes. Toujours preste à partir et demeurant toujours, Quelquefois elle appelle Oreste à son secours.

Oreste.

Ah ! si je le crojois, j'irois bieri-tost, Pylade, Me jetter...

Pylade.

Achevez, Seigneur, vostre ambassade.

Vous attendez le roy. Parlez, et luy montrez Contre le fils d'Hector tous les Grecs conjurez. Loin de leur accorder ce fils de sa maistresse, Leur haine ne fera qu'irriter sa tendresse : Plus on les veut brouiller, plus on va les unir. Pressez : demandez tout, pour ne rien obtenir. Il vient.

Oreste.

Hé bien, va donc disposer la cruelle A revoir un amant qui ne vient que pour elle.

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