‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 139 sur 225 · SCENE IL HERMIONE, ORESTE, CLEONE · texte numérisé non relu

SCENE IL HERMIONE, ORESTE, CLEONE

Oreste.

Hé bien, mes soins vous ont rendu vostre conqueste. J'ay vu Pyrrhus, Madame, et vostre hymen s'appreste.

Hermione.

On le dit, et, de plus, on vient de m'assurer Que vous ne me cherchiez que pour m'y préparer.

Oreste.

Et vostre ame à ses vœux ne sera pas rebelle?

Hermione.

Qui l'eust crû, que Pyrrhus ne fust pas infidelle? Que sa flâme attendoit si tard pour éclater? Qu'il reviendroit à moy quand je l'allois quitter? Je veux croire avec vous qu'il redoute la Grèce, Qu'il suit son interest plûtost que sa tendresse. Que mes yeux sur vostre ame estoient plus absolus.

Oreste.

Non, Madame, il vous aime, et je n'en doute plus.

ACILIII,SCENEn i85

Vu> yeux ne font-ils pas tout ce qu'ils veulent faire? El vous ne vouliez pas sans doute luy déplaire.

Hermionf.

Mais que puis-je. Seigneur? On a promis ma foy. l.uv raviray-je un bien qu'il ne tient pas de moy? l, 'amour ne règle pas le sort d'une princesse; La gloire d'obeïr est tout ce qu'on nous laisse. Cependant je partois, et vous avez pu voir Co?iibien je relàchois pour vous de mon devoir.

Oreste.

Ali! que vous sçaviez bien, cruelle... Mais, Madame, Chacun peut à son choix disposer de son ame. La vostre estoit à vous : j'esperois; mais enfin Vous l'avez pu donner sans me faire un larcin. Je vous accuse aussi bien moins que la fortune. Et pourquoy vous lasser d'une plainte importune? Tel est vostre devoir, je l'avoue; et le mien Est de vous épargner un si triste entretien.

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