‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 138 sur 225 · ACTE m, SCENE I i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE I i

Et que me servira que la Grèce m'admire,

Tandis que je seray la fable de l'Epire?

Que veux-tu? Mais, s'il faut ne te rien déguiser,

Mon innocence enfin commence à me peser.

Je ne sçay de tout temps quelle injuste puissance

Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence.

De quelque part sur moy que je tourne les yeux.

Je ne voy que malheurs qui condamnent les dieux.

Méritons leur couroux, justifions leur haine,

Et que le fruit du crime en précède la peine.

Mais toy, par quelle erreur veux-tu toujours sur toy

Détourner un couroux qui ne cherche que moy?

Assez et trop long-temps mon amitié t'accable :

Evite un malheureux, abandonne un coupable.

Cher Pylade, croy-moy, ta pitié te séduit ;

Laisse-moy des périls dont j'attens tout le fruit.

Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne.

Va-t-en.

Pylade.

Allons, Seigneur, enlevons Hermione.

Au travers des périls un grand cœur se fait jour. Que ne peut l'amitié conduite par l'amour? Allons de tous vos Grecs encourager le zèle. Nos vaisseaux sont tout prests, et le vent nous appelle. Je sçav de ce palais tous les détours obscurs. Vous voyez que la mer en vient battre les muis, Et cette nuit sans peine une secrète voye Jusqu'en vostre vaisseau conduira vostre proye.

Oresti-. J'abuse, cher ami, de ton trop d'amitié; Mais pardonne à des maux dont toy seul as pitié, Excuse un malheureux qui perd tout ce qu'il aime.

,84 ANDilOMAQUE

Que tout le monde hait et qui se hait lui-même. Que nepuis-je, à mon tour, dansun sort plusheureux...

Pylade.

Dissimulez, Seigneur : c'est tout ce que je veux , Gardez qu'avant le coup vostre dessein n'éclate; Oubliez jusques-là qu'Hermione est ingrate ; Oubliez vostre amour. Elle vient, je la voj.

Oreste.

Va-t-en. Répons-moy d'elle, et je répons de moy.

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