‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 169 sur 225 · AGRIPPINE, ALBINE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE, ALBINE

Albine.

QuoY ! 'tandis que Néron s'abandonne au sommeil, Faut-il que vous veniez attendre son réveil ; Qu'errant dans le'palais sans suite et sans escorte, La mère de César veille seule à sa porte? Madame, retournez dans vôtre appartement.

Agrippine.

Albine, il ne faut pas s'éloigner un moment. Je veux l'attendre icy. Les chagrins qu'il me cause

2 3o BRITANNICUS

M'occuperont assez tout le temps qu'il repose. Tout ce que j'ay prédit n'est que trop assuré. Contre Britannicus Néron s'est déclaré.

L'impatient Néron cesse de se contraindre ; Las de se faire aimer, il veut se faire craindre. Britannicus le gesne, Albine, et chaque jour Je sens que je deviens importune à mon tour.

Albine.

Quoy ! vous à qui Néron doit le jour qu'il respire, Qui l'avez appelle de si loin à l'empire ? "Vous qui, déshéritant le fils de Claudius, Avez nommé césar l'heureux Domitius?

Tout luy parle, Madame, en faveur d'Agrippine; Il vous doit son amour.

Agrippine.

Il me le doit, Albine.

Tout, s'il est généreux, luy prescrit cette loy; Mais tout, s'il est ingrat, luy parle contre moy.

Albine.

S'il est ingrat. Madame ! Ah ! toute sa conduite Marque dans son devoir une ame trop instruite. Depuis trois ans entiers qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait, Qui ne promette à Rome un empereur parfait "^ Rome, depuis deux ans par ses soins gouvernée, Au temps de ses consuls croit être retournée ; Il la gouverne en père; enfin, Néron naissant A toutes les vertus d'Auguste vieillissant.

Agrippine.

Non, non, mon interest ne me rend point injuste. Il commence, il est vray, par où finit Auguste ; Mais crain que, l'avenir détruisant le passé, Il ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé.

Page 1