‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 170 sur 225 · ACTE I, SCENE I 23i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I 23i

Il se déguise en vain : je lis sur son visage

Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage;

11 mêle avec l'orgueil, qu'il a pris dans leur sang,

La fierté des Nerons, qu'il puisa dans mon flanc.

Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices :

De Rome pour un temps Caïus fut les délices;

Mais, sa feinte bonté se tournant en fureur,

Les délices de Rome en devinrent l'horreur.

Qiie m'importe, après tout, que Néron, plus fidèle,

D'une longue vertu laisse un jour le modèle?

Ay-je mis dans sa main le timon de l'Estat

Pour le conduire au gré du peuple et du sénat ?

Ah ! que de la patrie il soit, s'il veut, le père!

Mais qu'il songe un peu plus qu'Agrippine est sa mère.

De quel nom cependant pouvons-nous appeller

L'attentat que le jour vient de nous révéler?

Il sçait; car leur amour ne peut estre ignorée.

Que de Britannicus Junie est adorée.

Et ce même Néron, que la vertu conduit.

Fait enlever Junie au milieu de la nuit.

Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour, qui l'inspire ?

Cherche-t-il seulement le plaisir de leur nuire ?

Ou plutôt n'est-ce point que sa malignité

Punit sur eux l'appuy que je leur ay prêté?

Albine.

Vous leur appuy. Madame?

Agrippine.

Arreste, chère Albine.

Je sçav que j'ay moy seule avancé leur ruine; Que du trône, où le sang l'a dû faire monter, Britannicus par moy s'est veu précipiter. Par moy seule éloigné de l'hymen d'Octavie,

Le frère de Junie abandonna la vie, Silanus, sur qui Claude avoit jette les yeux, Et qui contoit Auguste au rang de ses ayeux. Néron jouit de tout, et moy, pour recompense. Il faut qu'entre eux et luy je tienne la balance, Afin que quelque jour, par une même loy, Britannicus la tienne entre mon fils et moy.

Albine.

Quel dessein.. .

Agrippine.

Je m'assure un port dans la tempeste.

Néron m'échappera si ce frein ne l'arreste.

Albine.

Mais prendre contre un fils tant de soins superflus !

Agrippine.

Je le craindrois bien-tôt s'il ne me craignoit plus.

Albine.

Une injuste frayeur vous allarme peut-être. Mais, si Néron pour vous n'est plus ce qu'il doit être. Du moins son changement ne vient pas jusqu'à nous. Et ce sont des secrets entre César et vous. Quelques titres nouveaux que Rome lui défère, Néron n'en reçoit point qu'il ne donne à sa mère; Sa prodigue amitié ne se reserve rien.

Vôtre nom est dans Rome aussi saint que le sien. A peine parle-t-on de la triste Octavie ; Auguste vôtre ayeul honora moins Livie.

Néron devant sa mère a permis le premier Qu'on portât les faisceaux couronnez de laurier. Quels effets voulez-vous de sa reconnoissance?

Agrippine.

Un peu moins de respect, et plu> de confiance.

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