ACTE II, SCENE III
Ses vœux depuis quatre ans ont beau l'importuner, Les dieux ne montrent point que sa vertu les touche; D'aucun gage, Narcisse, ils n'honorent sa couche; L'empire vainement demande un héritier.
Narcisse.
Que tardez-vous, Seigneur, à la répudier? L'empire, vostre cœur, tout condamne Octavie, Auguste vostre ayeul soupiroit pour Livie: Par un double divorce ils s'unirent tous deux. Et vous devez l'empire à ce divorce heureux. Tibère, que l'hymen plaça dans sa famille, Osa bien à ses yeux répudier sa fille. Vous seul jusques icy, contraire à vos désirs, N'osez par un divorce assurer vos plaisirs!
Néron.
Et ne connois-tu pas l'implacable Agrippine? Mon amour inquiet déjà se l'imagine Qui m'ameine Octavie, et, d'un œil enflammé. Atteste les saints droits d'un nœud qu'elle a formé, Et, portant à mon cœur des atteintes plus rudes. Me fait un long récit de mes ingratitudes. De quel front soutenir ce fâcheux entretien?
Narcisse.
N'estes-vous pas, Seigneur, vostre maistre et le sien? Vous verrons-nous toujours trembler sous sa tutelle? Vivez, régnez pour vous: c'est trop régner pour elle. Craignez-vous... Mais,Seigneur, vous ne la craignez pas: Vous venez de bannir le superbe Pallas , Pallas dont vous sçavez qu'elle soutient l'audace.
Esloigné de ses yeux, j'ordonne, je menace, J'écoute vos conseil, j'ose les approuver,
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Je m'excite coiuie elle, et tâche à la braver; Mais (je t'expose icv mon ame toute nuë), Si-tost Cjue mon malheur me rameine à sa veuë, Soit que je n'ose encor démentir le pouvoir De ces yeux oii j'ay lu si long-temps mon devoir. Soit qu'à tant de bienfaits ma mémoire fidelle Luy soumette en secret tout ce que je tiens d'elle, Mais enfin mes efforts ne me servent de rien, Mon génie étonné tremble devant le sien, Et c'est pour m'affranchir de cette dépendance Que je la fuï par tout, que même je l'offence, Et que de temps en tem.ps j'irrite ses ennuis Afin qu'elle m'évite autant que je la fuis. Mais je t'arreste trop. Retire-toi, Narcisse : Britannicus pourroit t'accuser d'artifice. Narcisse.
Non, non, Britannicus s'abandonne à ma foy. Par son ordre, Seigneur, il croit que je vous vov. Que je m'informe icy de tout ce qui le touche. Et veut de vos secrets estre instruit par ma bouche. Impatient sur tout de revoir ses amours. Il attend de mes soins ce fidelle secours.
Néron.
J'y consens; porte-luy cette douce nouvelle Il la verra.
Narcisse.
Seigneur, bannissez-le loin d'elle.
Néron.
J'ay mes raisons, Narcisse, et tu peux concevoir Que je luy vendray cher le plaisir de la voir. Cependant vante-luy ton heureux stratagème;