‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 179 sur 225 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Que mon amour n'honore et ne rende plus vaine, Qui, dés qu'à ses regards elle ose se fier, Sur le cœur de César ne les vienne essayer, Seule dans son palais, la modeste Junie Regarde leuis honneurs comme une ignominie, Fuit, et ne daigne pas peut-estre s'informer Si César est aimable, ou bien s'il sçait aimer? Di moy, Britannicus l'aime-i-il ?

Narcisse.

Quoj ! s'il l'aime.

Seigneur?

Néron.

Si jeune encor, se counoist-il luy-même? D'un regard enchanteur connoist-il le poison?

Narcisse.

Seigneur, l'amour toujours n'attend pas la raison. N'en doutezpoint, ill'aime. Instruitspartant decharmes, Ses yeux sont déjà faits à l'usage des larmes; A ses moindres désirs il sçait s'accommoder. Et peut-estre déjà sçait-il persuader.

Néron.

Que dis-tu? Sur son cœur il auroit quelque empire?

Je nesçai; mais. Seigneur, ce que je puis vous dire. Je l'ay vu quelquefois s'arracher de ces lieux Le cœur plein d'un couroux qu'il cachoit à vos yeux. D'une cour qui le fuit pleurant l'ingratitude. Las de vostre grandeur et de sa servitude. Entre l'impatience et la crainte flottant. Il alloit voir Junie, et revenoit contant.

Néron.

D'autant plus malheureux (lu'il aura sçù luy plaire,

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Narcisse, il doit plùtost souhaitter sa colère : Néron impunément ne sera pas jaloux.

Narcisse.

Vous? Et de quoj. Seigneur, vous inquietez-vous? Junie a pu le plaindre et partager ses peines : Elle n'a vu couler de larmes que les siennes; Mais aujourd'huy, Seigneur, que ses jeux dessillez, Regardant de plus prés l'éclat dont vous brillez. Verront autour de vous les rois sans diadème, Inconnus dans la foule, et son amant luy-même. Attachez sur vos veux, s'honorer d'un res^ard Que vous aurez sur eux fait tomber au hazard ; Quand elle vous verra, de ce degré de gloire. Venir en soupirant avouer sa victoire, Maistre , n'en doutez point, d'un cœur déjà charme. Commandez qu'on vous aime, et vous serez aimé.

Néron.

A combien de chagrins il faut que je m'appreste! Que d'importunitez !

Narcisse.

Quoy donc! qui vous arreste.

Seigneur?

Néron.

Tout : Octavie, Agrippine, Burrhus, Seneque, Rome entière, et trois ans de vertus. Non que pour Octavie un reste de tendresse M'attache à son hymen et plaigne sa jeunesse: Mes yeux, depuis long-temps fatiguez de ses soins. Rarement de ses pleurs daignent estre témoins. Trop heureux si bien-tost la faveur d'un divorce Me soulageoit d'un joug qu'on m'imposa par force' Le Ciel même en secret semble la condamner :

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