‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 184 sur 225 · SCENE VL JUNI£, BRITANNICUS, NARCISSE · texte numérisé non relu

SCENE VL JUNI£, BRITANNICUS, NARCISSE

Britannicus.

Madame, quel bon-heur me rapproche de vous? Quoy ! je puis donc jouir d'un entretien si doux? Mais parmy ce plaisir quel chagrin me dévore ! Helas ! puis-je espérer de vous revoir encore ? Faut-il que je dérobe avec mille détours Un bonheur que vos yeux m'accordoient tous les jours? Quelle nuit! quel réveil! Vos pleurs, vôtre présence,. N'ont point de ces cruels desarmé l'insolence? Que faisoit vôtre amant? Quel démon envieux M'a refusé l'honneur de mourir à vos yeux? Helas! dans la frayeur dont vous estiez atteinte, M*avez-vous en secret adressé quelque plainte? Ma princesse, avez-vous daigné me souhaitter? Songiez-vous aux douleurs que vous m'alliez coûter? Vous ne me dites rien? Quel accueil! quelle glace! Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce ? Parlez : nous sommes seuls. Nôtre ennemi, trompé. Tandis que je vous parle, est ailleurs occupé. Ménageons les moyens de cette heureuse absence.

JUNIE

Vous estes en des lieux tout pleins de sa puissance. Ces murs même, Seigneur, peuvent avoir des yeux, Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.

Et depuis quand, Madame, estes-vous si craintive? Quoy! déjà vôtre amour souffre qu'on le captive?

Page 1