BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALBINE
Britannicus.
Nos ennemis communs ne sont pas invincibles, Madame; nos malheurs trouvent des cœurs sensibles. Vos amis et les miens, jusqu'alors si secrets, Tandis que nous perdions le temps en vains regrets, Animez du couroux qu'allume l'injustice.
Viennent de confier leur douleur à Narcisse. Néron n'est pas encor tranquille possesseur De l'ingrate qu'il aime au mépris de ma sœur. Si vous estes toujours sensible à son injure, On peut dans son devoir ramener le parjure. La moitié du sénat s'intéresse pour nous :
Sylla, Pison, Plautus
Agrippine.
Prince, que dites-vous?
Sylla, Pison, Plautus ! les chefs de la noblesse !
Britannicus.
Madame, je voy bien que ce discours vous blesse, Et que vostre couroux, tremblant, irrésolu. Craint déjà d'obtenir tout ce qu'il a voulu. Non, vous avez trop bien établi ma disgrâce; D'aucun ami pour moy ne redoutez l'audace: Il ne m'en reste plus, et vos soins tropprudens Les ont tous écartez ou séduits dés long-temps.
Agrippine.
Seigneur, à vos soupçons donnez moins de créance:
Nôtre salut dépend de nôtre intelligence. J'ay promis, il suffit. Malgré vos ennemis, Je ne révoque rien de ce que j'ay promis. Le coupable Néron fuit en vain ma colère: Tôt ou tard il faudra qu'il entende sa mère. J'essairay tour à tour la force et la douceur, Ou moy-même, avec moi conduisant vôtre sceurj J'iray semer par tout ma crainte et ses allarmes, Et ranger tous les cœurs du parti de ses larmes. Adieu. J'assiegeray Néron de toutes parts. Vous, si vous m'en croyez, évitez ses regards.