‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 191 sur 225 · AGRIPPINE, ALBINE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE, ALBINE

Albine.

Dans quel emportement la douleur vous engage, Madame! L'empereur puisse-t-il l'ignorer!

Agrippine.

Ah! luy-même à mes yeux puisse-t-il se monstrer!

Albine.

Madame, au nom des dieux, cachez vôtre colère. Quoy ! pour les interests de la sœur ou du frère, Faut-il sacrifier le repos de vos jours ? Contraindrez-vous César jusques dans ses amours ?

Agrippine.

Quoy ! tu ne vois donc pas jusqu'où l'on me ravale, Albine? C'est à moy qu'on donne une rivale. Bien-tôt, si je ne romps ce funeste lien, Ma place est occupée, et je ne suis plus rien. Jusqu'icy d'un vain titre Octavie honorée. Inutile à la cour, en estoit ignorée.

Les grâces, les honneurs, par moy seule versez, M'attiroient des mortels les vœux intéressez. Une autre de César a surpris la tendresse ; Elle aura le pouvoir d'épouse et de maîtresse ; Le fruit de tant de soins, la pompe des Césars, Tout deviendra le prix d'un seul de ses regards. Que dis-je? l'on m'évite, et déjà délaissée... Ah ! je ne puis, Albine, en souffrir la pensée. Quand je devrois du Ciel hâter l'arrest fatal, Néron, l'ingrat Néron .. Mais voicy son rival.

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