‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 196 sur 225 · ACTE m, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE VII

Que l'éclat d'un empire ait pu vous éblouir, Qu'aux dépens de ma sœur vous en vouliez jouïr; Mais que, de ces grandeurs comme une autre occupée. Vous m'en ayez paru si long-temps détrompée, Non, je l'avoue encor, mon cœur désespéré Contre ce seul malheur n'étoit point préparé. J'ay veu sur ma ruine élever l'injustice; De mes persécuteurs j'ay veu le Ciel complice. Tant d'horreurs n'avoient point épuisé son couroux, Madame : il me restoit d'estre oublié de vous.

JUNIE

Dans un temps plus heureux, ma juste impatience Vous feroit repentir de vostre défiance; Mais Néron vous menasse; en ce pressant danger, Seigneur, j'ay d'autres soins que de vous affliger. Allez, rassurez-vous, et cessez de vous plaindre: Néron nous écoutoit, et m'ordonnoit de feindre.

Britannicus.

Quoy ! le cruel...

JUNIE

Témoin de tout nostre entretien, D'un visage severe examinoit le mien, Prest à faire sur vous éclater la vengeance D'un geste confident de nostre intelligence.

Britannicus.

Néron nous écoutoit. Madame! Mais, helas ! Vos yeux auroient pu feindre et ne m'abuser pas. Ils pouvoient me nommer l'auteur de cet outrage. L'amour est-il muet, ou n'a-t-il qu'un langage? De quel trouble un regard pouvoit me préserver 1 Il falloit...

JUNIE

Il falloit me taire et vous sauver.

Combien de fois, helas ! puis qu'il faut vous le dire, Mon cœur de son desordre alloit-il vous instruire! De combien de soupirs interrompant le cours Ay-je évité vos yeux, que je cherchois toujours ! Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime, De l'entendre gémir, de l'affliger soy-même, Lors que par un regard on peut le consoler ! Mais quels pleurs ce regard auroit-il fait couler ! Ah ! dans ce souvenir inquiète, troublée, Je ne me sentois pas assez dissimulée.

De mon front effrayé je craignois la pasleur; Je trouvois mes regards trop pleins de ma douleur; Sans cesse il me sembloit que Néron en colère Me venoit reprocher trop de soin de vous plaire ; Je craignois mon amour vainement renfermé; Enfin, j'aurois voulu n'avoir jamais aimé. Helas! pour son bon-heur, Seigneur, et pour le nôtre, Il n'est que trop instruit de mon cœur et du vôtre. Allez, encore un coup, cachez-vous à ses yeux; Mon cœur plus à loisir vous éclaircira mieux. De mille autres secrets j'aurois conte à vous rendre.

Britannicus.

Àh ! n'en voila que trop ! C'est trop me faire entendre. Madame, mon bonheur, mon crime, vos bontez! Et sçavez-vous pour moy tout ce que vous quittez ? Quand pourray-je à vos piez expier ce reproche.''

JUNIE

Que faites-vous? Helas! vostre rival s'approche.

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