‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 197 sur 225 · NERON, BRITANNICUS, JUNIE · texte numérisé non relu

NERON, BRITANNICUS, JUNIE

Néron.

Prince, continuez des transports si charmans. Je conçoi vos bontez par ses remercîmens, Madame : à vos genoux je viens de le surprendre. Mais il auroit aussi quelque grâce à me rendre : Ce lieu le favorise, et je vous y retiens Pour luy faciliter de si doux entretiens.

Britannicus.

Je puis mettre à ses pieds ma douleur ou ma joye Par tout où sa bonté consent que je la voye, Et l'aspect de ces lieux où vous la retenez N'a rien dont mes regards doivent estre estonnez.

Néron.

Et que vous montrent-ils qui ne vous avertisse Qu'il faut qu'on me respecte et que l'on m'obeïsse?

Britannicus.

Ils ne nous ont pas vu l'un et l'autre élever, Moy pour vous obeïr, et vous pour me braver. Et ne s'attendoient pas, lorsqu'ils nous virent naistre. Qu'un jour Domitius me dût parler en maistre.

Néron.

Ainsi par le destin nos vœux sont traversez : J'obeïssois alors, et vous obéissez.

Si vous n'avez appris à vous laisser conduire, Vous estes jeune encore, et l'on peut vous instruire. Racine. I. 35

Britannicus.

Et qui m'en instruira?

Neros, Tout l'empire à la fois, Rome,

Britannicus.

Rome met-elle au nombre de vos droits Tout ce qu'a de cruel l'injustice et la force, Les emprisonnemens, le rapt et le divorce?

Néron.

Rome ne porte point ses regards curieux Jusques dans des secrets que je cache à ses yeux. Imitez son respect=

Britannicus.

On sait ce qu'elle en pense.

Néron.

Elle se taist du moins : imitez son silence.

Britannicus.

Ainsi Néron commence à ne se plus forcer.

Néron.

Néron de vos discours commence à se lasser.

Britannicus.

Chacun devoit bénir le bonheur de son règne.

Néron.

Heureux ou malheureux, il suffit qu'on me craignp

Britannicus.

Je connois mal Junie, ou de tels sentimens Ne mériteront pas ses applaudissemens.

Néron.

Du moins, si je ne sçay le secret de luy plaire, Je sçay l'art de punir un rival téméraire.

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