ACTE m, SCENE VIII
Britannicus.
Pour moy, quelque péril qui me puisse accabler, Sa seule inimitié peut me faire trembler.
Néron.
Souhaittez-la : c'est tout ce que je vous puis dire.
Britannicus.
Le bonheur de luy plaire est le seul où j'aspire.
Néron.
Elle vous l'a promis, vous luy plairez toujours.
Je ne sçay pas du moins épier ses discours : Je la laisse expliquer sur tout ce qui me touche, Et ne me cache point pour luy fermer la bouche.
Néron.
Je vous entens. Hé bien, gardes!
JUNIE
Que faites-vous?
C'est vostre frère. Helas ! c'est un amant jaloux! Seigneur, mille malheurs persécutent sa vie : Ah! son bon-heur peut-il exciter vostre envie? Souffrez que, de vos cœurs rapprochant les liens, Je me cache à vos yeux et me dérobe aux siens. Ma fuite arrestera vos discordes fatales; Seigneur, j'iray remplir le nombre des vestales. Ne luy disputez plus mes vœux infortunez; Souffrez que les dieux seuls en soient importunez.
Neron.
L'entreprise, Madame, est étrange et soudaine. Dans son apartement, gardes, qu'on la remeine. Gardez Britannicus dans celuy de sa sœur.
Britannicus.
C'est ainsi que Neron sçait disputer un cœur.
JUNIE
Prince, sans l'irriter, cédons à cet orage.
Néron.
Gardes, obéissez sans tarder davantage.