‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 2 sur 225 · IV LE THEATRE DE RACINE · texte numérisé non relu

IV LE THEATRE DE RACINE

Vexprtssion directe et adéquate , comme diraient les Allemands, les ressources inépuisables d'un art assez consoninié pour qu'on n'y sente presque jamais l'effort, l'alliance de la grâce et de l'élégcmce à la force, la savante construction d'un style qui, se tenant toujours à égale distance de l'archaïsme et du néologisme, mettant en œuvre avec une souplesse et une habileté infinies tous les secrets du bien dire, a su atteindre à cette niaturité ferme et calme oii la vie est dans son complet épanouissement , mais aussi dans son complet équilibre, si bien que les variations mêmes de la mode et deux ou trois révolutions littéraires n'en ont rien pu faire vieillir. Dans le travail encore confus d'une littérature en formation et d'une langue insuffisamment fixée, il a su, grâce à la sûreté de son goût, discerner le point précis, l'exacte et juste limite, ni en deçà ni au delà, et s'y établir de manière à rester pour les âges futurs non pas sans doute un type absolu, en dehors duquel il n'y a rien à tenter, mais le modèle accompli d'un genre classé au premier rang de notre patrimoine classique. Il présente enfin le phénomène, peut-être unique dans l'histoire littéraire, d'un grand poète qui, après avoir atteint le sommet, s'y maintient d'un pied sûr, et, sans se laisser affaiblir ni par la production , ni, ce qui était plus dangereux, par une longue retraite, donne l'exemple d'une continuité ininterrompue de chefs-d'œuvre à peu près également quoique très diversement parfaits , et dont chacun a obtenu la préférence de quelque bon juge.

Certes Jean Kacine n'a pas dans notre théâtre le lôle créateur et souverain de Corneille. Quand d

LE THEATRE DE RACINE v

naquit, le 21 décembre 1639, celui-ci était dans tout l'éclat de son génie et de sa gloire. Il avait fait jouer LE CiD et Horace, écrit Cinna, et renouvelé ou plutôt institué le théâtre français. Quand Racine, incertain et se cherchant lui-mcnie, mais ayant déjà pourtant le vague instinct de son double génie dramatique et lyrique, prélude et s'essaye, d'une part, dans LES Nymphes de la Seine, la Renommée aux Muses, les Bains de Vénus; de l'autre, en ses tragédies juvéniles (/^Amasie, des Amours d'Ovide, de Théagène et Chariclée, Corneille a depuis longtemps dépassé la période des grands chefs-d'auvre , mais il se retrouve et se manifeste encore par d'incomparables éclairs. Enfin, quand Racine aborde le théâtre avec la Thébaïde, ou les Frères ennemis (1664), Corneille en est à Sophonisbe et va bientôt arriver à Agésilas, mais en passant par Othon. Malgré plus d'un revers et une décadence visible, le vieil athlète inipose toujours Vadnûration, la crainte et le respect; il règne encore sans partage, et nul n'ose se mesurer à lui.

Quelle que put être la présomption de sa jeunesse. Racine n'eut pas sans doute alors l'idée d'entrer en lutte contre l'auteur du Cm et de renouveler la scène de don Rodrigue avec le vieux Gornias. Loin de songer à l'abattre, il parait évident qu'il cherchait plutôt à marcher' sur ses traces et à l'imiter. Cette imitation, sans avoir rien de servile, est visible çà et là dans le dialogue de la Thébaïde [V. par exemple actel, se. \), surtout dans Alexaudke., où abondent les vers cornéliens, frappés en maximes concises et brillantes ; où Ariane est une héroïne romaine à la

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