‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 3 sur 225 · VI LE THÉÂTRE DE RACINE · texte numérisé non relu

VI LE THÉÂTRE DE RACINE

façon de l'Emilie de Cinna, où Po'-us est un héros coulé dans le moule de Nicotnede , où l'amour d'Alexandre pour Cléofile et sa générosité pour son ennemi mourant rappellent la générosité de César envers son ennemi mort et son amour pour Cléopàtre ; où enfin, comme chez Corneille, c'est le ressort de V admiration qui est principalement mis en jeu. Si l'on gardait un doute sur cette première attitude de Racine, et sur ce quelle avait de respectueux, il devrait s'effacer devant ce fait, rapporté par Valincour et qui semble authentique, de lavisite faite par le jeune poète à Corneille, avec la déférence d'un disciple, pour lui soumettre sa tragédie ^'Alexandre. Mais il iniitait Corneille avec son génie propre, déjà bien marqué, et qui laissait facilenient voir, sous des ressemblances de surface ou de détail, une manière toute différente de concevoir le poème dramatique et des moyens non moins différents de lui donner la forme et la vie. Cette diversité était dès lors tellement sensible, tellement fondamentale même, qu'elle pourrait suffire à expliquer, surtout pour une pièce dont la composition est loin de valoir le style, la réponse décourageante que Valincour prête à Corneille, en admettant même qu'une secrète inquiétude , une jalousie encore voilée, le pressentiment des victoires prochaines sous lesquelles allait l'accabler ce jeune rival, eussent influé sur son jugement, et quil y faille chercher un peu de cette défiance injuste que les rois ont souvent pour leurs héritiers présomptifs. Quoi qu'il en soit, l'avis exprimé par Comédie, en aiguillonnant un esprit sûr de sa force, en le poussant à s'affirmer par quelque oeuvre éclatante , devant laquelle le

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<loute ne serait plus possible et qui convainerait rudement le vieux poète de son injurieuse erreur, devait détourner Racine d'une voie d'imitation d'où, il eût bien fini, mais plus tard sans doute, par s'écarter lui-même.

Les représentations c/'Alexandre le Grand soi//evèrent beaucoup de critiques ; mais l'arrêt de Corneille, qui déclarait Kacine impropre à la poésie dramatique, ne fut confirmé par personne, pas même par ses admirateurs les plus déclarés. Dans une Dissertation où // ne ménageait point les observations sévères au jeune auteur c/'Alexandre , Saint -Evremond commença par reconnaître en /ut /e vrai successeur de Corneille, dont maintenant, disait-il, « la vieillesse me donne bien moins d'alarmes ». Plus tard il écrira à M. de Lionne, à propos de Britannicus : « // passe, à mon sens, /'Alexandre et /'Andromaque )>; et M'"^ de Sévigné semblera, elle aussi, mettre ces deux tragédies sur le même rang, dans une lettre Cl sa fille, après Bajazet : « Jamais il n'ira plus loin qu'Alexandre et çu'Andromaque. » L'abus de la galanterie, qui nous choque dans le personnage du héros macédonien , était conforme aux idées et aux habitudes du temps, et n'avait rien surtout qui empêchât l'auteur d'être regardé comme l'héritier de Corneille, plus galant encore et plus à •contre-sens dans quelques-unes de ses pièces, notamment dans Œdipe. Kacine nous apprend lui-même, en sa première préface, que, si les uns lui reprochaient de trop faire parler d'amour à Alexandre, les autres trouvaient que ce héros n'était pas assez amoureux. Le sot campagnard du Repas ridicule de Boileau

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