‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 201 sur 225 · AGRIPPINE, NERON · texte numérisé non relu

AGRIPPINE, NERON

Agrippine, s^asseyant.

Approchez-vous, Néron, et prenez vostre place. On veut sur vos soupçons que je vous satisfasse. J'ignore de quel crime on a pu me noircir : De tous ceux que j'ay faits je vais vous éclaircir.

Vous régnez. Vous sçavez combien vostre naissance Entre l'empire et vous avoit mis de distance. Les droits de mes ayeux, que Rome a consacrez, Estoient même sans moy d'inutiles degrez. Quand de Britannicus la mère condamnée Laissa de Claudius disputer l'hymenée.

Parmi tant de beautez qui briguèrent son choix, Qui de ses affranchis mandierent les voix, Je souhaittay son lit, dans la seule pensée De vous laisser au trône où je serois placée. Je fléchis mon orgueil, j'allay prier Pallas. Son maistre, chaque jour caressé dans mes bras, Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce L'amour oia je voulois amener sa tendresse ; Mais ce lien du sang qui nous joignoit tous deux Escartoit Claudius d'un lit incestueux : Il n'osoit épouser la fille de son frère. Le sénat fut séduit ; une loy moins severe Mit Claude dans mon lit et Rome à mes genoux. C'estoit beaucoup pour moy, ce n'estoit rien pour vous. Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famiHe; Je vous nommay son gendre et vous donnay sa fille.

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