‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 204 sur 225 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

f Mais des crimes pour vous commis à vostre veuë, Et dont je ne serois que trop tost convaincue. Vous ne me trompez point, je voy tous vos détours. Vous estes un ingrat, vous le fustes toujours. Dés vos plus jeunes ans, mes soins et mes tendresses N'ont arraché de vous que de feintes caresses ; Rien ne vous a pu vaincre, et vostre dureté Auroit dû dans son cours arrester ma bonté. Que je suis malheureuse ! Et par quelle infortune Faut-il que tous mes soins me rendent importune ? Je n'ay qu'un fils. O Ciel, qui m'entens aujourd'huy, T'ay-je fait quelques vœux qui ne fussent pour Liv ? Remords, crainte, périls, rien ne m'a retenue. J'ay vaincu ses mépris, j'ay détourné ma veuë Des malheurs qui dés-lors me furent annoncez. J'ay fait ce que j'ay pu; vous régnez, c'est assez. Avec ma liberté, que vous m'avez ravie, Si vous le souhaittez, prenez encor ma vie, Pourveu que par ma mort tout le peuple irrité Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté.

Néron.

Hé bien donc, prononcez. Quevoulez-vous qu'on fasse?

Agrippine.

De mes accusateurs qu'on punisse l'audace. Que de Britannicus on calme le couroux. Que Junie à son choix puisse prendre un époux. Qu'ils soient libres tous deux, et que Pallas demeure; Que vous me permettiez de vous vous voira toute heure ; Que ce même Burrhus, qui nous vient écouter, A vostre porte enfin n'ose plus m'arrester

Néron.

Ouy, Madame,.je veux que ma reconnoissance

Désormais dans les cœurs grave vostre puissance,

Et je bénis déjà cette heureuse froideur

Qui de nostre amitié va rallumer l'ardeur.

Quoy que Pallas ait fait, il suffit, je l'oublie;

Avec Britannicus je me reconcilie,

Et, quant à cet amour qui nous a séparez,

Je vous fais nostre arbitre, et vous nous jugerez.

Allez donc, et portez cette joie à mon frère.

Gardes, qu'on obéisse aux ordres de ma mère.

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