‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 203 sur 225 · ACTE IV, SCENE II 2S · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II 2S

Oihon, Senecion, jeunes voluptueux Et de tous vos plaisirs flatteurs respectueux; Et lorsque, vos mépris excitant mes murmures, Je vous ay demandé raison de tant d'injures, (Seul recours d'un ingrat qui se voit confondu) Par de nouveaux affronts vous m'avez répondu. Aujourd'huy je promets Junie à vostre frère. Ils se flattent tous deux du choix de vostre mère : Que faites-vous? Junie, enlevée à la cour, Devient en une nuit l'objet de vostre amour. Je voy de vostre cœur Octavie effacée.

Preste à sortir du lit où je l'avois placée ; Je voy Pallas banni, vostre frère arresté ; Vous attentez enfin jusqu'à ma liberté : Burrhus ose sur moy porter ses mains hardies. Et, lors que, convaincu de tant de perfidies. Vous deviez ne me voir que pour les expier. C'est vous qui m'ordonnez de me justifier!

Néron.

Je me souviens toujours que je vous doy l'empire. Et, sans vous fatiguer du soin de le redire, Vostre bonté, Madame, avec tranquillité Pouvoit se reposer sur ma fidélité.

Aussi bien ces soupçons, ces plaintes assidues, Ont fait croire à tous ceux qui les ont entendues Que jadis (j'ose icy vous le dire entre nous) Vous n'aviez, sous mon nom, travaillé que pour vous. «Tant d'honneurs, disoient-ils, et tant de déférences, Sont-ce de ses bien-faits de foibles recompenses? Quel crime a donc commis ce fils tant condamné? Est-ce pour obeïr qu'elle l'a couronné?

N'est-il de son pouvoir que le dépositaire? »

Non que, si jusques-là j'avois pu vous complaire.

Je n'eusse pris plaisir, Madame, à vous céder

Ce pouvoir que vos cris sembloient redemander;

Mais Rome veut un maistre, et non une maistresse.

Vous entendiez les bruits qu'excitoit ma foiblesse.

Le sénat, chaque jour, et le peuple, irritez

De s'oùir par ma voix dicter vos volontez,

Publioient qu'en mourant Claude, avec sa puissance,

M'avoit encor laissé sa simple obéissance.

Vous avez veu cent fois nos soldats en couroux

Porter en murmurant leurs aigles devant vous,

Honteux de rabaisser par cet indigne usage

Les héros dont encore elles portent l'image.

Tout autre se seroit rendue à leurs discours ;

Mais, si vous ne régnez, vous vous plaignez toujours.

Avec Britannicus contre moy réunie.

Vous le fortifiez du parti de Junie,

Et la main de Pallas trame tous ces complots.

Et, lors que malgré moy j'assure mon repos,

On vous voit de colère et de haine animée.

Vous voulez présenter mon rival à l'armée;

Déjà jusques au camp le bruit en a couru.

Agrippine.

Moy, le faire empereur? Ingrat! l'avez-vous crû!* Quel seroit mon dessein? qu'aurois-je pu prétendre? Quels honneurs dans sa cour, quel rang pourrois-je attendre :* Ah ! si sous vostre empire on ne m'épargne pas, Si mes accusateurs observent tous mes pas. Si de leur empereur ils poursuivent la mère. Que ferois-je au milieu d'une cour étrangère? Us me reprocheroient non des cris impuissans, Des desseins étouffez aussi-tost que naissans.

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