‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 27 sur 225 · SCENE V. JOCASTE, ANTIGONE, CREON, OLYMPE · texte numérisé non relu

SCENE V. JOCASTE, ANTIGONE, CREON, OLYMPE

Creon.

Qu'avez-vous fait. Madame, et par quelle conduite Forcez-vous un vainqueur à prendre ainsi la fuite? Ce conseil va tout perdre.

JOCASTE

Il va tout conserver.

Et par ce seul conseil Thebes se peut sauver.

Creon.

Et quoy, Madame, et quoy ! dans Testât où nous sommes, Lorsqu'avec un renfort de plus de six mille hommes, La Fortune promet toute chose aux Thebains, Le roy se laisse oster la victoire des mains?

JoCASTE.

La victoire, Créon, n'est pas toujours si belle, La honte et les remords vont souvent après elle. Quand deux neres armez vont s'égorger entr'eux, Ne les pas séparer, c'est les perdre tous deux. Peut-on faire au vainqueur une injure plus noire Que luy laisser gagner une telle victoire?

Creon.

Lt'ur couroux est trop grand...

JOCASTE

Creon.

Il peut estre adouci.

Tous deux veulent régner.

•JOCASTL.

Us régneront aussj.

Creon.

On ne partage point la grandeur souveraine, Et ce n'est pas un bien qu'on quitte et qu'on reprenne.

JoCASTE.

L'interest de TEstat leur servira de loy.

Creon.

L'interest de l'Estat est de n'avoir qu'un roy. Qui, d'un ordre constant gouvernant ses provinces, Accoustume à ses loix et le peuple et les princes. Ce règne interrompu de deux rois ditîerens, En luy donnant deux rois, luy donne deux tyrans. Par un ordre souvent l'un à l'autre contraire. Un frère détruiroit ce qu'auroiî fait un frère. Vous les verriez toujours former quelque attentat. Et changer tous les ans la face de l'Estat. Ce terme limité que l'on veut leur prescrire Accroist leur violence en bornant leur empire. Tous deux feront gémir les peuples tour à tour : Pareils à ces torrens qui ne durent qu'un jour. Plus leur cours est borné, plus ils font de ravage. Et d'horribles dégasts signalent leur passage.

JoCASTE.

On les verroit plûtost, par de nobles projets. Se disputer tous deux l'amour de leurs sujets.

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