‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 28 sur 225 · ACTE I, SCENE V i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V i

Mais avouez, Créon, que toute vostie peine, C'est de voir que la paix rend vostre attente vaine. Qu'elle assure à mes fils le trosne où vous icndf;Z, Et va rompre le piège où vous les attendez. Comme, après leur trépas, le droit de la naissance Fait tomber en vos mains la suprême puissance, Le sang qui vous unit aux deux princes mes fils Vous fait trouver en eux vos plus grands ennemis. Et vostre ambition, qui tend à leur fortune. Vous donne pour tous deux une haine commune : Vous inspirez au roy vos conseils dangereux. Et vous en servez un pour les perdre tous deux.

Creon.

Je ne me repais point de pareilles chimères; Mes respects pour le roy sont ardens et sincères, Et mon ambition est de le maintenir Au trosiie ou vous croyez que je veux parvenir. Le soin de sa grandeur est le seul qui m'anime. Je hav ses ennemis, et c'est là tout mon crime: Je ne m'en cache point, mais, à ce que je voi, Chacun n'est pas icy criminel comme moi.

JOCASTE

Je suis mère, Créon, et, si j'aime son frère, La personne du roy ne m'en est pas moins chère. De lasches courtisans peuvent bien le haïr, Mais une mère enfin ne peut pas se trahir.

Antigone.

Vos interests icy sont conformes aux nostres; Les ennemis du roy ne sont pas tous les voslres. Créon, vous estes père, et, dans ces ennemis. Peut-estie songez-vous que vous avez un fils. On sçait de quelle ardeur Hémon sert Polinice.

i6 LATHEBAIDE

Creon.

Ouy, je le sçay, Madame, et je luy fais justice. Je le dois en effet distinguer du commun. Mais c'est pour le haïr encor plus que pas un ; Et je souhaitterois, dans ma juste colère, Que chacun le haïst comme le hait son père.

Antigone.

Apres tout ce qu'a fait la valeur de son bras. Tout le monde en ce point ne vous ressemble pas.

Creon.

Je le voi bien, Madame, et c'est ce qui m'affl/ge; Mais je sçay bien à quoy sa révolte m'oblige. Et tous ces beaux exploits qui le font admirer. C'est ce qui me le fait justement abhorrer. La honte suit toûjoilrs le parti des rebelles ; Leurs grandes actions sont les plus criminelles; Ils signalent leur crime en signalant leur bras^ Et la gloire n'est point oîi les rois ne sont pas.

Antigone.

Ecoutez un peu mieux la voix de la nature.

Creon.

Plus l'offenseur m'est cher, plus je ressens l'iniure.

Antigone.

Mais un père à ce point doit-il estre emporter Vous avez trop de haine.

Creon.

Et vous trop de bonté.

C'est trop parler, Madame, en faveur d'un rebelh^

Antigone.

L'innocence vaut bien que l'on parle pour elle.

Creon.

Je sçay ce qui le rend innocent à vos yt:\.ix..

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