‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 31 sur 225 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ANTIGONE, HEMON.

QHemon.

doy! V0U5 me refusez vostre aimable présence. Après un an entier de supplice et d'absence? Ne m'avez-vous, Madame, appelle prés de vous Que pour m'oster si-tost un bien Cjui m'est si doux?

Antigone.

Et voulez-vous si-tost que j'abandonne un frère? Ne dois-je pas au temple accompagner ma mère? Et dois-je préférer, au gré de vos souhaits, Le soin de vostre amour à celuy de la paix?

Hemon.

Madame, à mon bon-heur c'est chercher trop d'obstacles; Ils iront bien sans nous consulter les oracles. Permettez que mon cœur, en voyant vos beaux yeux. De Testât de son sort interroge ses dieux. Puis-je leur demander, sans estre téméraire. S'ils ont totijours pour mov leur douceur ordinaire? Souffrent-ils sans couroux mon ardente amitié? Et du mal qu'ils ont fait ont-ils quelque pitié? Durant le triste cours d'une absence cruellcj

20 LATHEBAIDE

Avez-vous souhaité que je fusse fidelle? Songiez-vous que la mort menaçoit loin de vous Un amant qui ne doit mourir qu'à vos genoux? Ah î d'un si bel objet quand une ame est blessée, Quand un cœur jusqu'à vous élevé sa pensée, Qu'il est doux d'adorer tant de divins appas! Mais aussi que l'on souffre en ne les voyant pas! Un moment loin de vous me duroit une année. J'aurois fini cent fois ma triste destinée Si je n'eusse songé, jusques à mon retour, Que mon éloignement vous prouvoit mon amour, Et que le souvenir de mon obéissance Pourroit en ma faveur parler en mon absence, Et que, pensant à moy, vous penseriez aussi Qu'il faut aimer beaucoup pour obeïr ainsi.

Antigone.

Ouy, je l'avois bien crû qu'une ame si fidella Trouveroit dans l'absence une peine cruelle; Et, si mes sentimens se doivent découvrir. Je souhaitois, Hémon, qu'elle vous fist souffrir. Et qu'étant loin de moy, quelque ombre d'amertume Vous fist trouver les jours plus longs que de coutume. Mais ne vous plaignez pas : mon cœur, chargé d'ennuy. Ne vous souhaitoit rien qu'il n'éprouvast en luy. Sur tout depuis le temps que dure cette guerre. Et que de gens armez vous couvrez cette terre, O dieux! à quels tourmens mon cœur s'est vu soumis. Voyant des deux costez ses plus tendres amis! Mille objets de douleur déchiroient mes entrailles, J'en voyois et dehors et dedans nos murailles. Chaque assaut à mon cœur livroit mille combats, Et mille fois le jour je souffrois le trépas.

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