ACTE II, SCENE I
Hemon.
Mais enfin qu'ay-je fait, en ce malheur extrême, Que ne m'ait ordonné ma princesse elle-même? J'ai suivi Polinice, et vous l'avez voulu, Vous me l'avez prescrit par un ordre absolu. Je luy vouay dés-lors une amitié sincère, Je quittay mon païs, j'abandonnay mon père; Sur moy par ce départ j'attiray son couroux, Et, pour tout dire enfin, je m'éloignay de vous.
Anticone.
Je m'en souviens, Hémon, et je vous fais justice. C'est moy que vous serviez en servant Polinice ; Il m'estoit cher alors comme il est aujourd'huy. Et je prenois pour moy ce qu'on faisolt pour luy. Nous nous aimions tous deux dés la plus tendreenfance, Et j'avois sur son cœur une entière puissance; Je trouvois à luy plaire une extrême douceur, El les chagrins du frère estoient ceux de la sœur. Ah! si j'avois encor sur luy le mesme empire, Il aimeroit la paix, pour qui mon cœur soupire; Nostre commun mal-heur en seroit adouci; Je le verrois, Hémon; vous me verriez aussi.
Hemon.
De cette affreuse guerre il abhorre l'image. Je l'ay vu soupirer de douleur et de rage Lors que, pour remonter au trosne paternel, On le força de prendre un chemin si cruel. Espérons que le Ciel, touché de nos misères, Achèvera bien-tost de réunir les frères. Puisse-t-il restablir l'amitié dans leur cœur, Et conserver l'amour dans celuy de la sœur!
22 LA THEBAIDE
Antigone.
Helas! ne doutez point que ce dernier ouvrage Ne luy soit plus aisé que de calmer leur rage : Je les connois tous deux, et je répondrois bien Que leur cœur, cher Hémon, est plus dur que le mien. Mais les dieux quelquefois font de plus grands miracles.