‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 49 sur 225 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ETEOCLE, CREON.

Eteocle.

OUY, Créon, c'est icy qu'il doit bien-tost se rendre^ Et tous deux en ce lieu nous le pouvons attendre. Nous verrons ce cju'il veut, mais je répondrois bien Que par cette entrevue on n'avancera rien. Je connois Polinice et son humeur altiere, Je sçay bien que sa haine est encor toute entière, Je ne crois pas cju'on puisse en arrester le cours. Et, pour moy, je sens bien que je le hais toujours.

Creon.

Mais, s'il vous cède enfin la grandeur souveraine, Vous devez, ce me semble, appaiser vostre haine.

Eteocle.

Je ne sçay si mon cœur s'appaisera jamais : Ce n'est pas son orgueil, c'est luy seul que je hais. Nous avons l'un et l'autre une haine obstinée. Elle n'est pas, Créon, l'ouvrage d'une année ; Elle est née avec nous, et sa noire fureur Aussi-tost que la vie entra dans nostre cœur.

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