‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 67 sur 225 · SCENE DERNIERE · texte numérisé non relu

SCENE DERNIERE

CREON, ATTALE

Creon.

Ainsi donc, vous fuyez un amant odieux, Et vous-même, cruelle, éteignez vos beaux yeux. Vous fermez pour jamais ces beaux yeux que j'adore, Et pour ne me point voir vous les fermez encore. Quoiqu'Hémon vous fût cher, vous courez au trépas. Bien plus pour m'éviter que pour suivre ses pas. Mais, dussiez-vous encor m'estre aussi rigoureuse, Ma présence aux enfers vous fût-elle odieuse. Dût après le trépas vivre vostre couroux. Inhumaine, je vais y descendre après vous. Vous y verrez toujours l'objet de vostre haine, Et toujours mes soupirs vous rediront ma peine, Ou pour vous adoucir, ou pour vous tourmenter. Et vous ne pourrez plus mourir pour m'éviter. Mourons donc...

Attale, d des gardes.

Ah ! Seigneur, quelle cruelle envie, - . Creon Ah! c'est m'assassiner que me sauver la vie! Amour, rage, transports, venez à mon secours! Venez et terminez mes détestables jours! De ces cruels amis trompez tous les obstacles Toy, justifie, ô Ciel, la foy de tes oracles! Je suis le dernier sang du mal-heureux Laius.,. Perdez-moy, dieux cruels, ou vous serez déçus!

LA THEBAIDE

Reprenez, reprenez cet empire funeste.

Vous m'ostez Antigone, ostez-moy tout le reste.

Le trône et vos presens excitent mon couroux :

Un coup de foudre est tout ce que je veux de vous.

Ne le refusez pas à mes vœux, à mes crimes.

Ajoutez mon supplice à tant d'autres victimes.

Mais en vain je vous presse, et mes propres forfaits

Me font déjà sentir tous les maux que j'ay faits.

Polinice, Eteocle, locaste, Antigone,

Mes fils, que j'ay perdus pour m'élever au trône,

Tant d'autres mal-heureux dont j'ay causé les maux,

Font déjà dans mon cœur l'office des bourreaux.

Arrestez ! Mon trépas va vanger vostre perte,

La foudre va tomber, la terre est entr'ouverte;

Je ressens à la fois mille tourmens divers,

Et je m'en vais chercher du repos aux enfers.

(7/ tombe entre les mains des gardes.)

FIN

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