‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 82 sur 225 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Quelle gloire, en etïet, d'accabler la foiblesse

D'un roy déjà vaincu par sa propre molesse,

D'un peuple sans vigueur et presque inanimé,

Qui gemissoit sous l'or dont il estoit armé,

Et qui, tombant en foule, au lieu de se défendre,

N'opposoit que des morts au grand cœur d'Alexandre !

Les autres, éblouis de ses moindres exploits,

Sont venus à genoux luy demander des loix.

Et, leur crainte écoutant je ne sçay quels oracles,

Ils n'ont pas crû qu'un dieu pût trouver des obstacles.

Mais nous, qui d'un autre œil jugeons des conquerans.

Nous sçavons que les dieux ne sont pas des tyrans;

Et, de quelque façon qu'un esclave le nomme,

Le fils de Jupiter passe icy pour un homme.

Nous n'allons point de fleurs parfumer son chemin;

Il nous trouve par tout les armes à la main.

Il voit à chaque pas arrester ses conquestes;

Un seul rocher icy luy coûte plus de testes.

Plus de soins, plus d'assauts, et presque plus de temps,

Que n'en coûte à son bras l'empire des Persans.

Ennemis du repos qui perdit ces infâmes,

L'or qui naist sous nos pas ne corrompt point nos âmes.

La gloire est le seul bien qui nous puisse tenter.

Et le seul que mon cœur cherche à luy disputer.

C'est elle...

Ephestion, en se levant.

Et c'est aussi ce que cherche Alexandre. A de moindres objets son cœur ne peut descendre. C'est ce qui, l'arrachant du sein de ses Estats, Au trône de Cyrus luy fit porter ses pas. Et, du plus ferme empire ébranlant les colonnes, Attaquer, conquérir et donner les couronnes;

i.oo ALEXANDRE

Et, puisque vostie orgueil ose luy disputer La gloire du pardon qu'il vous fait présenter, Vos yeux, dés aujourd'huy témoins de sa victoire, Verront de quelle ardeur il combat pour la gloire. Bien-tost le fer en main vous le verrez marcher.

PORUS

Allez donc, je Tattens, ou je le vais chercher.

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