SCENE IL TAXILE, AXIANE, CLEOFILE
Taxile.
Madame, si Porus, avec moins de colère, Eust suivi les conseils d'une amitié sincère. Il m'auroit en effet épargné la douleur De vous venir moy-méme annoncer son malheur.
io8 ALEXANDRE
AXIANE
Quoy ! Porus...
Iaxile.
C'en est fait, et sa valeur trompée Des maux que j'ay préveus se voit enveloppée. Ce n'est pas (car mon cœur, respectant sa vertu, N'accable point encore un rival abatu), Ce n'est point que son bras, disputant la victoire. N'en ait aux ennemis ensanglanté la gloire; Qu'elle-même, attachée à ses faits éclatans. Entre Alexandre et luy n'ait douté quelque temps. Mais enfin contre moy sa vaillance irritée Avec trop de chaleur s'estoit précipitée. J'ay vu ses bataillons rompus et renversez, Vos soldats en desordre et les siens dispersez, Et luy-même à la fin, entraîné dans leur fuite. Malgré luy, du vainqueur éviter la poursuite, El, de son vain couroux trop tard desabusé, Souhaiter le secours qu'il avoit refusé.
AxiANE.
Qu'il avoit refusé ! Quoy donc ! pour ta patrie, Ton indigne courage attend que Ton te prie? Il faut donc malgré toy te traîner aux combats. Et te forcer toy-mème à sauver tes Estats? L'exemple de Porus, puis qu'il faut qu'on t'y porte, Dis-moy, n'estoit-ce pas une voix assez forte .'* Ce héros en péril, ta maistresse en danger. Tout l'Estat périssant, n'a pu t'encourager? Va, tu sers bien le maistre à qui ta sœur te donne! Achevé, et fay de moy ce que sa haine ordonne; Garde à tous les vaincus un traitement égal; Enchaîne ta maistresse en livrant ton rival.