‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 90 sur 225 · ACTE Î(I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE Î(I, SCENE II

Aussi-bien, c'en est fait. Sa disgrâce et ton cmne Ont placé dans mon cœur ce héros magnanime. Je l'adore, et je veux, avant la fin du jour, Déclarer à la fois ma haine et mon amour, Luy vouer à tes yeux une amitié fîdelle, Et te jurer aux siens une haine immortelle. Adieu; tu me connois. Aime-moy si tu veux.

Taxile.

Ah ! n'espérez de moy que de sincères vœux, Madame; n'attendez ny menasses ny chaînes: Alexandre sçait mieux ce qu'on doit à des reines. Souffrez que sa douceur vous oblige à garder Un trône que Porus devoit moins bazarder; Et moy-même en aveugle on me verroit combattre La sacrilège main qui le voudroit abattre.

AXIANE

Quoy ! par l'un de vous deux mon sceptre raffermi Deviendroit dans mes mains le don d'un ennemi. Et sur mon propre trône on me verroit placée Par le même tyran qui m'en auroit chassée !

Taxile.

Des reines et des rois vaincus par sa valeur Ont laissé par ses soins adoucir leur malheur. Voyez de Darius et la femme et la mère : L'une le traite en fils, l'autre le traite en frère.

AxiANE,

Non, non, je ne sçay point vendre mon amitié. Caresser un tyran et régner par pitié.

Penses-tu que j'imite une foible Persane, Qu'à la cour d'Alexandre on retienne Axiane, Et qu'avec mon vainqueur courant tout l'univers, J'aille vanter partout la douceur de ses fers.f*

iio ALEXANDRE

S'il donne les Estais, qu'il te donne les nostres; Qu'il te pare, s'il veut, des dépouilles des autres. Règne; Porus ni moy n'en seront point jaloux, Et tu seras encor plus esclave que nous. J'espère qu'Alexandre, amoureux de sa gloire, Et fâché que ton crime ait souillé sa victoire, S'en lavera bien-tost par ton propre trépas. Des traîtres comme toy font souvent des ingrats, Et, de quelques faveurs que sa main t'éblouïsse. Du perfide Bessus regarde le supplice.

Adieu.

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