ACTE DEUXIÈME
MARTIGNY
Moi? quand je n'ai que celle idée-là depuis hier soir ! Mais d'abord c'est toi qui m'as repoussé. Et puis tu es rentrée dans ta chambre, avec ton oncle, qui m'a fermé la porte au nez. Et, ce matin, ton oncle encore m'a dit que tu dormais.
11 a bien l'ait. Mais il fallait insister.
MARTIGNY
J'ai insisté.
JEANNE
Pas assez.
MARTIGNY
Pas assez? Mais j'ai failli bousculer ton oncle, qui me barrait la porte... comme ça... avec ses deux bras. Je ne pouvais pourtant pas lui i)asser sur le corps.
JEANNE
Si vous aviez sérieusement voulu me voir... Mais avouez que vous n'y teniez pas.
Ah ! c'est trop fort ! Je passe une nuit abominable, à rôder dans ma chambre , et puis dans le jardin (il faisait même un froid!) et puis ici, dans ce salon, autour de ta porte, à ruminer les choses que je te dirais pour obtenir mon pardon, des choses bien vraies, va! J'ai la simplicité de croire ce qu'on me disait, que tu dormais, qu'il fallait respecter ton sommeil... Et quand je te trouve seule, enfin! et que j'arrive tout content ..
JEANNE, stupéfaite.
Tout content !
MARTIGNY
Oui, tout content, malgré mon chagrin, de pouvoir
soulager mon cœur... voilà comme tu me reçois!... Non, là, vrai, cest trop injuste!
Ainsi, c'est vous qui me faites une scène! Cela, par exemple, c'est extraordinaire !
MARTIGNV.
]Mais non, je ne te fais pas de scène, ma chérie... Seulement... je n"ai pas de chance, je suis maladroit comme toujours, je ne sais pas me faire comprendre... Je ne te fais pas de scène, puisque, au contraire, je viens te dire...
JEANNE
Me dire quoi .'
MARTI ON Y
D'abord, que je faimc. Tu ne peux pas le figurer combien je faime à l'heure qu'il est, et combien je me repens.
JEANNE
Ah?... Alors pourquoi avez- vous dit tout à Ihcure : « ^'oilà-t-il pas une affaire! »
MARTIGNY
C'est ton oncle qui a eu la charité de te rapporter ca .^
JEANNE
Enfin, l'avez-vous dit?
Eh ! c'est sa faute. 11 a le talent de me faire dire des sottises. Et puis, quoi? Cela signifiait que ce n'était pas une affaire par rapport à moi, que je n'y avais rien mis de mon cœur, que ce n'était pas sérieux...
Et que j'étais bien bonne de m'en émouvoir, mais que, si j'en souffrais, tant pis pour moi ! que mn foi détruite, mon cceur brisé, mes larmes, mon désespoir.