MARTI G N V
Adieu. (Un long silence. Elle reste assise, immobile II se iiro-
mène en grommelant. Tout à r.oup, en passant auprès d'elle :j Tu
sais que je me bats avec Montaille?
JEANNE, se dressant, avec un cri involontaire.
Pierre!
Eh bien, non, là, ça n'est pas vrai... Montaille ne sait rien ; il ne veut rien savoir, c'est même sa force Il m'a tendu la main en s'en allant... J'ai voulu l'éprouver, et ça a réussi.
JEANNE
Vous vous trompez. J'ai eu un mouvement tout irréfléchi, que vous avez provoqué par une ruse indigne. Cela ne prouve rien. C'est une offense ajoutée à d'autres, voilà tout.
MAUTIGN V.
Tu es furieuse de l'être trahie, ma petite Jeanne, mais la façon dont tu as crié « Pierre ! » prouve que tu m'aimes encore un peu. Et, puisque tu m'aimes encore un peu, tu vas me pardonner, j'en suis sûr... Mais oui! mais oui!... Écoute, je me suis très mal conduit, et tu as le droit de m'en vouloir, — mais pas trop, ni trop longtemps. Car ce qui est arrivé n'est presque pas ma faute. Bien vrai! Je ne pensais pas à elle; elle m'éloignait plutôt avec son genre, son aplomb, sa blague froide, son air de se moquer du monde ; j'étais persuadé que je lui paraissais un bonhomme tout à fait ridicule. Ah! non, je ne songeais pas à lui faire la cour ! C'est elle qui me l'a faite. Parfaitement ! Comment ? Oh ! par des moyens on ne peut plus simples et directs. C'est une personne qui s'exprime paisiblement, mais avec beaucoup de clarté. J'avais beau ne pas être fat, il n'y avait vraiment pas moyen de se méprendre sur ses intentions... Bref, c'est elle qui a voulu de moi, et c'est elle qui ma pris... Je n'ai pas su résister : mais je t'assure