SCENE PREMIERE
THÉRÈSE, puis SUZANNE..
THERESE. Elle entie par la porte du fond.
Viens.
SUZ.XNNE. Elle entre à son tour.
J"ai peur.
THÉRÈSE
Puisque je te dis qu'il n'y a personne ! Ton mari est encore à son travail, et j'ai su éloigner les domestiques. Car... tu ne m'en voudras pas, ma chérie?... j'ai pris l'habitude — oh! sur sa prière et avec l'autorisation de mon mari, — de m'occuper un peu de* son ménage.
SUZANNE
Ma bonne Thérèse !
THÉRÈSE
Il le fallait bien. Il était si désorienté, si éperdu en arrivant ici il y a (luinze jours!
Comme je vous suis reconnaissante, à ton mari et à loi...
THÉRÈSE
Ne nous remercie pas; ce que nous avons fait est bien naturel. Georges ne pouvait, pour mille raisons, rester là-bas après cette histoire. Mon mari a eu la chance de lui trouver, tout de suite, une place excellente. Il lui a fait signe, et n'a pas eu à le regretter. Tu ne saurais croire quelle situation Georges a conquise à l'usine, et cela du premier coup. Son invention a fait merveille. Il parait que c'est tout à fait un monsieur, ton mari.
SUZANNE, naïvement.
Oh ! oui!... Mais que dit-on de moi? Tu es sûre qu'on ne sait rien ?
THÉRÈSE
Absolument sûre. Georges a raconté que tu étais à la campagne, chez ta mère, pour rétablir ta santé, et que tu viendrais le rejoindre quand tu irais mieux. Mon mari lui-même ignore la vérité. Tu peux donc être tranquille.
SUZANNE
Et alors... Georges est toujours malheureux?
THÉRÈSE
Très malheureux: et cela est bon signe. Mais oui! s'il était décidé, comme il l'avait dit, à demander le divorce contre toi, il l'aurait déjà fait, cela est évident... Mais parlons un peu de toi. Ma pauvre Suzanne, comment as-tu pu, toi que je croyais si raisonnable et dont j'aurais répondu comme de moi-même...
SUZANNE
Est-ce que je sais? Maintenant que c'est passé, je n'y comprends plus rien, ou pas grand'chose...