II
SUZANNE
Tu n'as jamais été tentée, toi, Thérèse?
THÉRÈSE
Non.
SUZANNE
Ton mari?...
THÉRÈSE
Il est excellent. Oh! ce n'est pas comme le tien, un grand savant, un inventeur... Mais il est très bien; pas laid, pas bête; et j"ai pour lui une vraie affection.
Vous êtes heureux?
THÉRÈSE
Mon Dieu, oui. Nous sommes riches et d'humeur gaie tous les deux. Nous savons nous occuper, lui dans ses fermes, moi à la maison; nous nous retrouvons toujours avec plaisir, et nous vivons comme deux bons compagnons... Non, je n"ai jamais été tentée... Et cependant, tu sais? on me fait beaucoup la cour, ici, mais beaucoup! Eh bien, cela ne m'a jamais rien dit. Mon opinion, c'est que, quand on a un mari passable, c'est vraiment folie d'aller chercher ailleurs ce que l'on a chez soi, et que tous les hommes se ressemblent... ou finissent, à un moment, par se ressembler.
SUZANNE, naïvement.
Non, Thérèse.
THÉRÈSE
Enfin, si je me trompe, je n'ai aucune envie d'y aller voir.
Un silence.
SUZANNE
Thérèse !
THÉRÈSE
Quoi?