ACTE PREMIER
THÉRÈSE
Si VOUS voulez que je vous croie, il faudrait me dire cela d'un autre ton.
GEORGES
Mais je vous dis cela bien tranquillement, il me semhlo.
THÉRÈSE
Qu'est-ce que vous lisiez tout à l'heure, en entrant?
GEORGES
Moi?
THÉRÈSE
Vous relisiez sa dernière lettre. Ne niez pas.
GEORGES
Eh bien, quoi? Cela prouve que je suis stupide.
THÉRÈSE
Je ne trouve pas.
Je sens bien le ridicule de mon personnage, allez ! et comme je dois être assommant avec mes plaintes et mon rabâchage et mes airs lamentables... Eh! imbécile, qu'est-ce que tu veux que ça fasse aux autres, ce qui t'arrive? Aie du moins la pudeur de te taire!
THÉRÈSE, suppliante.
Georges !
GEORGES
Eh bien, otii, là! je ne pense qu'à ça, à chaque minute, même en travaillant... Non, non, voyez-vous, ce qu'elle a fait est abominable!... Tenez, une chose qui me revient... Pendant les derniers jours, quand je ne savais rien encore, je ne puis vous dire comme elle a été tendre et aimante, et comme elle se blottissait contre moi. Jamais elle n'avait été ainsi : jusque-là, elle était douce, affectueuse, mais un peu indolente et
passive. Et moi, en la voyant pour la première l'ois si... émue, je me disais : « Enfin, elle m'aime; elle m'aime pour de bon, elle est bien à moi, maintenant. » Et juste à ce moment-là... Ah! la menteuse! la menteuse!
THÉRÈSE
Qui sait"?...
GEORGES
Hein?
THÉRÈSE
Je dis : qui sait? Pour moi, cela ne prouve qu'une chose; c'est qu'elle cherchait en vous un asile, un secours contre elle-même; enfin, qu'elle n'a jamais cessé de vous aimer. Et c'est mon premier point. Je vous dirai mon second tout à l'heure.
GEORGES
Ma chère Thérèse, je ne suis pas encore tout à fait idiot, mettez-vous bien cela dans la tète. Les démonstrations de tendresse prodiguées au mari au plus fort delà trahison... mais cest classique, cela! Je connais mon cas, allez. Il a été étudié et décrit par les bons auteurs. Et, n'est-ce pas? j'ai été à même de vérifier l'exactitude de leurs remarques... oh! mais, largement!
THÉRÈSE
Pourquoi, mon ami, cette ironie qui fait mal?
GEORGES
Laissez donc! cela me soulage, au contraire. Tout cela a un côté comique, on le sait bien, changeant de voix.) C'est égal, le jour où j'ai tout appris, je suis resté comme assommé du coup. En une seconde, j'ai senti qu'elle ne m'était plus de rien. Je n'avais même pas de haine ni de colère. Quand elle est rentrée, je ne l'ai pas interrogée, je ne lui ai adressé ni reproches ni