‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 174 sur 228 · ACTE PRExMIER · texte numérisé non relu

ACTE PRExMIER

injures. Je lui ai dit seulement : « Va-l'en! » Elle s'en est allée, et je ne me suis pas retourné pour la regarder sortir. Je ne puis même pas dire qro je souffrais. C'est singulier.

THERESE

Et depuis'

Ahl depuis!... L'idée est là, toujours là... vivante, oui, vivante, comme une bètequi me rongerait... C'est à devenir fou... Quelquefois, pourtant, je suis sur le point de m'apaiser. Je me souviens du temps de nos fiançailles; je la revois... si douce, si frêle, si innocente... Puis je me rappelle de gentils détails de notre vie à deux, des gestes qu'elle avait, une phrase qu'elle disait d'une certaine façon... Et je m'attendris, et je lui trouve même des excuses : son inexpérience, sa jeunesse, son isolement pendant mes absences... Mais tout à coup l'image de ce qu'elle a fait surgit et revit dans ma pensée, nette, précise, concrète... Dans ma pensée?... non, dans ma chair. C'est comme une morsure, une brûlure subite. Et alors je voudrais la tenir... pour l'envelopper de baisers, de baisers qui la marqueraient, qui effaceraient les autres, qui la referaient mienne... —ou peut-être pour l'étrangler.

THÉRÈSE

Autrement dit, vous l'aimez encore. Et c'est mon second point.

GCORGES, suivant sa pensée.

^lais pourquoi, mon Dieu! pourc|uoi a-t-elle fait cela?

THÉRÈSE

Ça, mon ami, nous ne le saurons jamais exactement, — ni elle non plus, du reste. Il est donc bien inutile de se le demander. Mais puisque vous vous aimez toujours, puisque vous ne pouvez décidément

vivre sans elle, ni elle sans vous... c'est bien simple : il faut lui pardonner et la reprendre, et tout de suite.

GEORGES

La reprendre? mais, Thérèse, je serais un lâche.

Un lâche parce que vous seriez bon? Un lâche parce que vous seriez juste? Oui, juste. Suzanne a expié; elle est prête à expier encore. Vous en avez pour preuve les lettres que j'ai reçues d'elles et que je vous ai montrées, et celles qu'elle vous a écrites à vous, ces lettres si humbles, si touchantes, sisincères...

GEORGES

Sincères?

THÉRÈSE

Oui, sincères. Elle saute aux yeux, cette sincérité, et, au fond, vous y croyez aussi bien que moi. Alors, pourquoi faites-vous semblant de douter?

GEORGES

Laissons cela. Thérèse. J'ai déjà été assez ridicule...

THÉRÈSE

Voilà donc encore une fois le grand mot lâché! Ce mot-là signifie, mon ami, que vous attachez moins d'importance à ce que vous sentez, vous, et à ce que vous croyez, qu'aux interprétations où pourraient se complaire les sots et les méchants — si votre aventure était publique. Or, elle ne l'est pas. C'est donc l'idée seule d'un ridicule, auquel en réalité vous avez échappé, qui vous fait peur et qui vous affole. Eh bien, cela est misérable, cela est bète, si vous voulez toute ma pensée, et cela est indigne de vous.

GEORGES

Vous m'injuriez par charité, ma bonne Thérèse.

THÉRÈSE

Vous vous trompez, mon ami; je vous injurie de

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