ACTE TROISIÈME
lie quoi air d'étonncnieiit vcrUicux tu me questionnais il y a deux mois?... Eh bien, tu sais maintenant!... Tu sais aussi bien que moi... Ah! ah! ah! c'est drôle, hein 1 Non, mais fais-moi donc encore de la morale!
THÉRÈSE
Et que comptes-tu faire?
SUZANNF.
Partir, ce soir même. Jai fait en secret, ces jours-ci, mes préparatifs de départ. Réjouissez- vous, vous aurez le champ libre dans une heure. C'est pour ça, comprends-tu, que je ne te mets pas à la porte... — Ah ! les honnêtes gens, qui mêliez tant de mépris à la compassion que vous aviez pour moi! Vous allez bien quand vous vous y mettez, vous autres!... Moi, du moins, je ne m'étais pas fait une spécialité de la vertu, et ma faute ne se compliquait point de fourberie. Mais toi, non seulement tu as trompé ton mari, — comme moi, — mais tu m'as trahie, moi, de la façon la plus odieuso. et avec d'atroces raffinements dans le mensonge. Au moment même où, avec des airs de miséricorde, ta vertu s'inclinait sur mon indignité, tu faisais cent fois pire que moi ! Tu ne m'as réconciliée avec mon mari que pour me le voler plus sûrement... Ah! oui, gardele! ne te gêne pas... Après tout, je te dois de connaître un sentiment que, dans ma simplicité, je me croyais désormais interdit : le dégoût, si tu veux le savoir!
THÉRÈSE, doucement.
As-tu tout dit?
SUZANNE
Je revenais si tremblante, — sotte que j'étais! — s repentante, si convaincue que j'étais une grande coupalile!... Ce qui est plus infâme que tout, vois-tu, c'est d'avoir exploité mon repentir. Yous étiez si sûrs que je vous laisserais tranquilles!... Oh! tout voir, ou tout deviner, et n'avoir même j^ns le di'oit ne me plaindre
tout haut! J'ai eu cette audace une fois, une seule fois. Comme il m'a reçue, et comme il m'a rappelée à l'humilité d'attitude qui me convenait! Ah! je l'ai payé cher, mon péché!...
THÉRÈSE
Suzanne î
Pourquoi as-tu fait cela? Pourquoi m'as-tu ramenée ici, si c'était pour me torturer? Ah! menteuse! menteuse et hypocrite !
THÉRÈSE
Oh! non, pas hypocrite, je le le jure, tout ce que tu voudras, mais pas cela. Te dire comment c'est arrivé... est-ce que je sais? Chez lui, c'a été désespoir, impossibilité de retrouver la paix... peut-être, au fond, je ne sais quelle vanité d'homme qui, trompé, a voulu tromper à son tour.
Je ne te [)arle pas de lui. Je ne veux pas l'accuser. II m'a rendu ce que je lui avais fait. Je m'en vais, c'est bien... Mais-toi!... S'il a été si méchant avec moi, c'est peut-être qu'il m'aimait encore... Pourquoi me l'as-tu pris?
THÉRÈSE
Je ne l'ai pas pris: c'est moi qui me suis laissé prendre à cette douleur, à cet amour meurtri. Nous avons trop pleuré ensemble, trop parlé de toi. — oui, de toi! — trop parlé amour, passion, jalousie... Tout cela brCde... Nous avons vécu trop près l'un de l'autre. j.
Notre intimité, peu à peu devenue trop tendre à notre ■
insu, ne nous a laissé voir nos vrais sentiments qu'après nous avoir trop amollis, trop désarmés, pour que nous pussions combattre... Enfin... le mot est bête... mais il y a des fatalités, tu le sais bien.