AGI L; PREMIER
brc... Mais, là même, je ne suis pour vous que la princesse royale; je ne suis pas votre lenime.
C'est vous qui l'avez voulu... Rappelez-vous comment on nous a mariés. \'ous aviez été élevée dans une petite cour surannée et pompeuse, comme une archiduchesse d'il y a deux cents ans. Moi, une fois affranchi de l'inhumaine discipline à laquelle mon père avait soumis ma première jeunesse, j'avais vécu, autant que cela m'était permis, en simple étudiant, puis en voyageur, et mon rcve était de continuer à vivre en simple particulier... Nous ne nous étions jamais vus. Cependant, j'avais bon espoir et bonne volonté. Je comptais trouver en vous une femme; je me mis à vous aimer pour votre jeunesse, votre beauté, et pour la hauteur même de votre âme. Mais vous étiez comme figée dans votre rôle; vous adoriez cette parade que je détestais, et, jusque dans notre intimité, vos sentiments et vos gestes gardaient un caractère officiel et royal.
WILIIEI.MINE.
Oui, l'air des Altenbourg, comme vous disiez, cet air que vous retrouviez, au château de mon père, dans tous nos portraits de famille. Mais enfin, ce n'est pas un crime que de ressembler à ses aïeux?
Il ER MANN.
Non, mais cet air signifiait que vous aviez de vousmême et de votre fonction, et de l'amour, et de la vie, et de toutes choses, une idée qui ne pourrait jamais être la mienne et que je vous étonnerais et vous scandaliserais toujours. Et ainsi, cet air a peu à peu découragé et glacé ma tendresse.
W 11. II Kl. MINE.
Oui, cela est possible... Je ne récrimine pas. Au reste, il n'est plus temps... Parce que je ne vous ai pas
aime à la façon d'une bourgeoise, vous avez cru que je ne vous aimais pas. Et pourtant, j'en aurais long à dire là-dessus... C'est vrai, j'avais été singulièrement élevée, bien étroitement, si vous voulez. Certaines de vos façons et de vos pensées m'effaraient, ne me semblaient pas permises. J'aurais dû vous le dire, essayer de vous expliquer en quoi j'étais froissée : car, après tout, il n'y avait dans mes scrupules et ce que vous appeliez mes préjugés rien de vil; et ce qu'on m'avait appris, c'était peut-être l'orgueil, mais c'était aussi le sacrifice. V'ous vous seriez peut-être intéressé à moi, si j'avais su parler. Mais j'étais trop jeune, trop inexpérimentée. Je ne disais rien, je me repliais. Je n'ai même pas su vous faire entendre le grand amour que j'avais pour vous... Vous vous êtes écarté de moi, croyant que je me retirais. J'ai paru me résigner; mais j'ai beaucoup souffert. Et, pour achever mon malheur, je croyais de ma dignité de cacher ma souffrance : encore une chose qu'on m'avait apprise... Peut-être que si
vous m'aviez vue pleurer... (Vovant qu'Hermann ne la regarde
pas.) Allons, ce qui est fait est fait, n'en parlons plus!... Je vous rends, d'ailleurs, cette justice, que notre malentendu est resté une affaire entre nous deux; que, si vous m'avez délaissée, c'est pour une idée, pour un rêve, et que cette place que j'ai perdue dans votre cœur, aucune autre femme du moins ne me la prise... Mais que vais-je vous dire là? Encore une fois, je ne suis venue que pour vous offrir l'hommage de la première de vos sujettes, de la plus dévouée, de la plus fidèle. J'ajoute seulement : prenez garde, roi, fils de roi, prenez garde à ce que vous allez faire. Et pour que vous vous souveniez mieux de mon avertissement, j'ai dit qu'on amène votre fils. (Elle va à la porte de gauche
et fait un signe. Le petit Christian entre avec sa gouvernante.)
Venez, Christian. Embrassez votre père. Depuis tout à l'heure, écoutez bien ceci, depuis tout à l'heure, ce