ACTE TROISIKME. 2<J
n'a été pour moi. Car moi, — c'est absurde, mais les hommes sont ainsi, — j'avais à craindre d'être ridicule en te pardonnant. Et lu n'imagines pas ce que cette terreur peut sur un homme... Oui, lu me pardonneras, parce que je t'adore et que je n'ai jamais aimé que toi... Tiens, en ce moment môme, quelqu'un m'attend, — quelqu'un qu'il faut plaindre aussi et que ni moi, ni toi peut-être, n'avons le droit de mépriser... Eh bien, l'heure est passée... et, tu vois, je suis toujours à tes pieds. Crois-lu encore que tu aies le droit de m'abandonner?
SUZANNE
Mais demain?
GEORGES
Demain, nous recommencerons à être heureux, s u Z A N N E .
Dès le lendemain de mon retour, tu t'es souvenu de ce que tu avais juré d'oublier, et tu m'as mise à la torture. Nous serons deux maintenant à nous souvenir et à épier la pensée de l'autre; et ainsi chacun de nous sera supplicié de deux façons à la fois. Est-ce cela que tu veux?
GEORGES
Ah! Suzanne, pauvre chérie qui ne vois pas que c'est maintenant, au contraire, que l'oubli est devenu possible!... Ce n'est pas joli, va, le cœur d'un homme. .Je ne crois pas, non, malgré tout, je ne crois pas être plus vil que beaucoup d'autres : mais, veux-tu savoir le fond des choses? Si j'ai saigné dans mon amour et dans ma chair, j'ai plus saigné encore dans ma vanité. Je le vois clairement aujourd'hui. Ce qui faisait que l'horrible image était toujours là présente, c'est qu'elle m'était un affront autant qu'une douleur. Mais c'est précisément pour cela que, après ma mauvaise action, toute ma colère contre toi est
tombée, comme après une vengeance accomplie... Oh! non, tout cela n'est pas beau!... Et puis, le mal est contagieux : celui que tu avais fait m'a comme fasciné et corrompu moi-même... Mais aussi, je n'ai plus le droit, à présent, détre orgueilleux et dur avec toi. Nous sommes quittes : cela est triste et honteux à dire, surtout pour moi, et cependant je le dis avec une sorte de soulagement... C'est encore un lien, vois-tu, d'avoir souffert l'un par l'autre, d'avoir été pareils dans la faute et dans la douleur... Ou plutôt, tandis que j'en parle, il me semble que c'est déjà loin, très loin. 11 ne nous en restera qu'un peu de mélancolie, avec une tendresse plus sérieuse et plus indulgente... Enfin, je t'aime, Suzelte... Reconnais mes bras : ce sont ceux d'autrefois, d'avant ce mauvais rêve... Veux-tu que nous recommencions à vivre? Le voux-tu, ma chérie?
SUZANNE, lui jetant ses bras autour du cou.
Ah! Georges, que Dieu ait pitié de nous!