‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 201 sur 228 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

HÉLÈNE, seule.

Voilà bientôt dix ans i\m\ sous los imirs de Troie, Grecs et Troyens, guettés par les oiseaux de proie, S'entr'égorgeant sans trèvo ou se roni[)ant les os. Du pâle Simoïs ensanglantent les eaux.

Pourquoi? Parce qu'un jour, dans ma bonté candide, Désertant la maison de mon mari l'Atride, Crédule, je suivis, pour qu'il ne soulTrit pas. Le Phrygien plaintif aux discours délicats. Certes, je l'estimais, cet époux que j'attriste ; Mais l'autre avait des mots à quoi rien ne résiste Et nul ne sut parler d'amour si bien que lui. C'est donc par moi i pourrais-je y songer sans ennui? Qu'à Sparte, en Argolidc, aux îles dlonie, Tant de femmes, pour qui toute joie est finie, Pleurent des fiancés, des époux et des fils.

("/esl moi runiverselle et fatale Érinnys. Pourtant, je ne suis pas une méchante femme; Et je pleure aussi, moi. L'amant cher à mon àme, Évadé de mes bras, — car il est courageux, — Affronte en ce moment les combats orageu.x. Et j'attends sur la tour que mon ami revienne. Puisse-t-il échapper à la lance argienne!

Entre Paris.

Mais c'est lui... Sain et sauf!... Merci, Vénus!

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