‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 204 sur 228 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Mêmes, HECTOR.

HECTOR, à Paris.

Tu sors?

PARIS

Mais...

Un instant, S'il teijlait! Joli cœur! Sans cœur! Miroir à filles! Chair d"amour ! II paraît qu'à la course tu brilles Plus que dans le combat, mon cadet"? C'est fort bien! La belle fuite! Ah! ah! tout le camp argien En poussa jusqu'au ciel un vaste éclat de rire. Je te savais le cœur plus mou que de la cire : Mais jignorais qu'après les avoir tant marris, Tu portasses si loin le respect des maris! Ah ! tu fis sagement de ne le point attendre, Celui-là! Car, sans faute, il t'aurait fait entendre. Châtiant un peu tard un effronté délit, De quel guerrier tu mis au pillage le lit ! A quoi t'eussent servi, descendant chez Hécate, Ta douce voix, ton luth, ta beauté délicate. Et tes cheveux bouclés, et les dons de Vénus?... Les Phrygiens, vraiment, sont par trop ingénus

ACTK PREMIEH. 301

De n'avoir pas, vengeant les maux nue lu leur causes,

Éleinl déjà les yeux sous les paupières closes

El d"un manteau de i)ierre lial)illé tonclier corps!

HÉLÈNE

Paris s'est mal conduit, j'en demeure d'accord; Mais vous ne deviez pas, mon ami, moi présente. Lui faire une harangue à ce point déplaisante.

PARIS

Laisse, Hélène.

A Hector.

Ton cœur ignore la pitié, Vaillant Hector, mon frère; et ta rude amitié Au soin de mon honneur si fortement s'attache One tes discours sont tels que de grands coups de hache. Ne me reproche point ma beauté ni ma voix, Car aux présents des dieux nous n'avons pas le choix : De les prendre ou de les laisser on n'est pas maître, l'as plus que de mourir et pas plus que de naître... Écoule : va trouver les Grecs: et, convoquant Dans la plaine les chefs de l'un et l'autre camp, Au signal du clairon, par-devant ces assises. Tous les deux, Ménélas et moi, mets-nous aux prises. Par la lance et le glaive et sous le bouclier Nous nous mesurerons en combat singulier. Le vainqueur en partage aura la belle Hélène; Nous conclurons la paix avec le peuple hellène: Et nous garderons Troie, et nos anciens rivaux Regagneront Argos abondante en chevaux Et les champs achéens féconds en belh's femmes.

IIECTCJR.

Je l"ap[)rouve, cadet, et ce que lu réclames Sera fait.

HÉLÈNE, à Paris.

Ouoi! tu veux...

PARIS

Ma chère âme. il le faut.

HÉLÈNE

Pars donc, et ciiie Vénus te ramène bientôt!

Je suis sage, tu vois; j'ai passé mes années,

Ici, dans Sparte, à me soumettre aux destinées...

Mais ce duel d'un amant avec un mari... Bref,

J eusse aimé mieux te voir combattre un autre chef.

C'est impossible?... Hélas, que je vais être en peine!

Viens, mon frère. Pour la patrie !

PARIS

Et pour Hélène!

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