HÉLÈNE, CLÉOPHILE
CLÉOPHILE
Hélène, vous plaît-il qu'avec vous je demeure?
HÉLÈNE
Certes; mais j'avais cru que tu préférerais Suivre ton père et voir le combat de tout près : De spectacles pareils renfancc est curieuse.
CLÉOPHILE
Que d'un autre intérêt j'ai l'àmc soucieuse!
Et que j'aime bien mieux, Hélène au front charmant
Vous tenir compagnie en ce triste moment!
HÉLÈNE
Voilà, cher petit prince, une bonne parole.
CLÉOPHILE
Pour moi c'est une joie et si rare et si folle, Hélène, de rester avec vous, près de vous,
Immobile, comme à présent, à vos genoux!
Et j'en trouve si peu l'occasion! Ma mère
Me rend sur un seul point l'obéissance amère : 3
Elle m'a défendu de vous voir. C'est bien dur.
Mais quelquefois, blotti dans un angle de mur,
Non loin d'ici, je guette; et quand sur la terrasse
Vous venez, un émoi si soudain me terrasse,
Défaillant et les yeux voilés d'une vapeur,
Et pris d'un tel frisson, — comme si j'avais peur, —
Pendant que mon baiser monte vers ton sourire...
Enfin, je suis heureux plus que je ne puis dire.
HÉLÈNE
Mais tu ne sais donc pas, mon cher petit Cleo, Qu'il ne faut pas m'aimer? que je suis le fléau De ta ville, et l'horrible Erinnys de Pergame?